Une démarche à double ancrage : positiviste et constructiviste
L'élaboration de projets de médiation scientifique en EREDD (Éducation Relative à l'Environnement et au Développement Durable) se caractérise par l'articulation de deux logiques :
| Approche | Postulat | Traduction pédagogique |
|---|---|---|
| Positiviste | Réalité objective : les connaissances scientifiques établies (cycle de l'eau, statut de conservation, cycle de reproduction d'une espèce…) | Le médiateur transmet un savoir exact et vérifié, sans concession sur la rigueur |
| Constructiviste | Réalité subjective : la perception individuelle, co-construite avec les acteurs | Le médiateur part du vécu et des représentations du public pour construire l'apprentissage avec lui |
Cette articulation vise une prise de conscience accélérée des enjeux environnementaux : développer chez le public une posture centrée à la fois sur une meilleure connaissance des réalités scientifiques et sur l'évolution des comportements rendue nécessaire par la transition écologique.
Qu'est-ce que la médiation scientifique ?
La médiation scientifique s'articule autour de la vulgarisation des savoirs scientifiques, dans le but de les rendre accessibles au plus grand nombre. Appliquée au champ de l'ErE (Éducation relative à l'Environnement), elle se rapporte directement à l'environnement et à la nature : écologie, activités naturalistes, biologie, agronomie.
Les deux principes fondateurs de la médiation scientifique
Gilles Kahn, ancien PDG de l'INRIA, résumait en 2013 la finalité de la médiation scientifique comme le fait de « partager ce qui nous émerveille sans chercher à fasciner ». Cette finalité s'appuie sur deux principes que le référentiel retient comme fondateurs :
Principe de transparence
Ne jamais laisser le public avec le sentiment d'avoir été trompé ou manipulé : expliciter les sources, les limites et les incertitudes du savoir partagé.
Principe de compétence
Permettre à chacun de devenir acteur du partage des connaissances, et non simple récepteur passif — logique cohérente avec les sciences participatives.
Sciences participatives
Les sciences participatives sont des dispositifs de collecte de données naturalistes impliquant des citoyens non-spécialistes (Vigie-Nature, STOC-EPS, plateforme Open Sciences Participatives). Elles concrétisent le principe de compétence : le public devient acteur de la production de connaissance, et non simple destinataire d'un savoir déjà constitué.
Positionner le fil rouge sur la grille positiviste/constructiviste
Le Syndicat Mixte du Bassin Versant du Rollon (Sarthe), gestionnaire du site Natura 2000 des Étangs de Beauchêne (2,4 ha, ancienne pisciculture fermée en 1987, population de Cistude d'Europe), ouvre une Maison de la Réserve destinée à l'accueil de scolaires et de familles. La demande initiale porte sur l'accueil de quatre classes de CM1-CM2 des trois communes du bassin versant.
Une lecture purement positiviste du projet consisterait à transmettre aux élèves un contenu scientifique exact sur la Cistude d'Europe et la zone humide, sans se soucier de ce qu'ils savent ou pensent déjà. Une lecture purement constructiviste consisterait à ne s'appuyer que sur le vécu des élèves, au risque de ne jamais confronter certaines idées reçues à la réalité scientifique. Le projet mené à Beauchêne articule les deux : les contenus scientifiques (statut de l'espèce, fonctionnement de la zone humide) sont exacts et vérifiés, mais leur progression pédagogique part des représentations réelles des élèves du secteur, largement marquées par la mémoire de l'ancienne friche industrielle.
Ce positionnement méthodologique, posé dès cette première leçon, structure l'ensemble des choix qui seront faits dans les leçons suivantes de C6.1 : collecte de données, analyse du public, formulation des objectifs.
Rigueur scientifique et ouverture pédagogique
Honnêteté scientifique
Ne jamais simplifier un fait au point de le déformer ; la vulgarisation n'est pas l'approximation.
Humilité face à l'incertitude
Savoir dire « on ne sait pas encore » plutôt que d'inventer une réponse, notamment sur des sujets évolutifs.
Positionner méthodologiquement un projet de médiation
Identifier la part de connaissances scientifiques établies mobilisables sur le sujet
Lister les données positivistes disponibles (statuts réglementaires, cycles biologiques, fonctionnement écologique) avant toute conception pédagogique.
Identifier la part de construction sociale et de vécu du public visé
Repérer, même sommairement à ce stade, les éléments de mémoire collective, de culture locale ou de vécu susceptibles d'influencer la réception du contenu (approfondi en leçon 5).
Vérifier l'inscription du projet dans une temporalité augmentée
S'assurer que le projet prévoit un temps amont (préparation, prise de contact) et un temps aval (prolongement, essaimage), pas seulement le temps de face-à-face.
Vérifier la cohérence avec les principes de transparence et de compétence
Prévoir explicitement comment le projet rendra le public acteur (sciences participatives, outils de collecte, restitution) et non simple auditeur.
Application au fil rouge — budget de positionnement du projet
Cette première phase de cadrage méthodologique, bien que courte, mobilise un temps de travail à budgéter dans le projet global :
| Poste | Détail | Montant |
|---|---|---|
| Analyse préalable positiviste/constructiviste | 0,5 jour de médiateur scientifique (BPJEPS EEDD), 180 €/jour chargé | 90 € |
| Repérage documentaire sommaire du contexte local | 0,5 jour | 90 € |
| Total phase de positionnement | 180 € | |
Ce qui fragilise le positionnement initial d'un projet
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Ne retenir que l'approche positiviste (cours magistral simplifié) | Public passif, aucune prise sur les représentations réelles | Articuler systématiquement contenu exact et démarche constructiviste |
| Limiter la médiation au seul temps d'animation | Absence de pérennité, effet levier non consolidé | Prévoir un temps amont et un temps aval dès la conception |
| Négliger le principe de compétence (public purement récepteur) | Faible appropriation, motivation limitée du public | Intégrer un dispositif rendant le public acteur (sciences participatives, collecte) |
Quiz de vérification des acquis
1. Un projet de médiation scientifique de qualité doit :
2. Le principe de compétence, l'un des deux principes fondateurs de la médiation scientifique, consiste à :
3. Dans le cas de Beauchêne, une lecture purement positiviste du projet présenterait le risque de :
Score obtenu
Auto-positionnement
Je me sens capable de distinguer les approches positiviste et constructiviste et de positionner un projet de médiation en cohérence avec les deux principes fondateurs :