Sommaire · C6.1 · Leçon 1/8

Fondements de l'EREDD et posture du médiateur scientifique

L'EREDD (Éducation Relative à l'Environnement et au Développement Durable) désigne l'ensemble des démarches éducatives visant à faire évoluer les représentations, les attitudes et les comportements d'un public vis-à-vis de son environnement, en vue d'une transition écologique. Cette appellation, préférée dans le référentiel à la mention plus ancienne d'« Éducation à l'Environnement » (EE), reflète une conception plus ouverte, capable d'articuler plusieurs courants éducatifs et pédagogiques (approfondis en leçon 2). Elle constitue le cadre général dans lequel s'inscrit toute médiation scientifique conçue au titre de C6.1.

Savoir

Une démarche à double ancrage : positiviste et constructiviste

L'élaboration de projets de médiation scientifique en EREDD (Éducation Relative à l'Environnement et au Développement Durable) se caractérise par l'articulation de deux logiques :

ApprochePostulatTraduction pédagogique
PositivisteRéalité objective : les connaissances scientifiques établies (cycle de l'eau, statut de conservation, cycle de reproduction d'une espèce…)Le médiateur transmet un savoir exact et vérifié, sans concession sur la rigueur
ConstructivisteRéalité subjective : la perception individuelle, co-construite avec les acteursLe médiateur part du vécu et des représentations du public pour construire l'apprentissage avec lui

Cette articulation vise une prise de conscience accélérée des enjeux environnementaux : développer chez le public une posture centrée à la fois sur une meilleure connaissance des réalités scientifiques et sur l'évolution des comportements rendue nécessaire par la transition écologique.

Qu'est-ce que la médiation scientifique ?

La médiation scientifique s'articule autour de la vulgarisation des savoirs scientifiques, dans le but de les rendre accessibles au plus grand nombre. Appliquée au champ de l'ErE (Éducation relative à l'Environnement), elle se rapporte directement à l'environnement et à la nature : écologie, activités naturalistes, biologie, agronomie.

Point clé du référentiel. La médiation scientifique ne se limite pas au temps de face-à-face d'animation. Elle se conçoit plus largement, en englobant des temps spécifiques en amont (préparation, prise de contact) et en aval (prolongement, essaimage), pour en assurer la pérennité — une action ponctuelle sans amont ni aval n'est pas, au sens du référentiel, une démarche de médiation aboutie.

Les deux principes fondateurs de la médiation scientifique

Gilles Kahn, ancien PDG de l'INRIA, résumait en 2013 la finalité de la médiation scientifique comme le fait de « partager ce qui nous émerveille sans chercher à fasciner ». Cette finalité s'appuie sur deux principes que le référentiel retient comme fondateurs :

Principe de transparence

Ne jamais laisser le public avec le sentiment d'avoir été trompé ou manipulé : expliciter les sources, les limites et les incertitudes du savoir partagé.

Principe de compétence

Permettre à chacun de devenir acteur du partage des connaissances, et non simple récepteur passif — logique cohérente avec les sciences participatives.

Sciences participatives

Les sciences participatives sont des dispositifs de collecte de données naturalistes impliquant des citoyens non-spécialistes (Vigie-Nature, STOC-EPS, plateforme Open Sciences Participatives). Elles concrétisent le principe de compétence : le public devient acteur de la production de connaissance, et non simple destinataire d'un savoir déjà constitué.

Cadre à anticiper. Dès lors qu'un projet prévoit la captation d'images du public (notamment de mineurs) à des fins de communication, le RGPD et le droit à l'image imposent une autorisation explicite et une information sur la finalité et la durée de conservation des données — ce point sera repris en détail lorsque le projet abordera la contractualisation avec les partenaires.
Étude de cas

Positionner le fil rouge sur la grille positiviste/constructiviste

Le Syndicat Mixte du Bassin Versant du Rollon (Sarthe), gestionnaire du site Natura 2000 des Étangs de Beauchêne (2,4 ha, ancienne pisciculture fermée en 1987, population de Cistude d'Europe), ouvre une Maison de la Réserve destinée à l'accueil de scolaires et de familles. La demande initiale porte sur l'accueil de quatre classes de CM1-CM2 des trois communes du bassin versant.

Une lecture purement positiviste du projet consisterait à transmettre aux élèves un contenu scientifique exact sur la Cistude d'Europe et la zone humide, sans se soucier de ce qu'ils savent ou pensent déjà. Une lecture purement constructiviste consisterait à ne s'appuyer que sur le vécu des élèves, au risque de ne jamais confronter certaines idées reçues à la réalité scientifique. Le projet mené à Beauchêne articule les deux : les contenus scientifiques (statut de l'espèce, fonctionnement de la zone humide) sont exacts et vérifiés, mais leur progression pédagogique part des représentations réelles des élèves du secteur, largement marquées par la mémoire de l'ancienne friche industrielle.

Ce positionnement méthodologique, posé dès cette première leçon, structure l'ensemble des choix qui seront faits dans les leçons suivantes de C6.1 : collecte de données, analyse du public, formulation des objectifs.

Savoir-être

Rigueur scientifique et ouverture pédagogique

Honnêteté scientifique

Ne jamais simplifier un fait au point de le déformer ; la vulgarisation n'est pas l'approximation.

Humilité face à l'incertitude

Savoir dire « on ne sait pas encore » plutôt que d'inventer une réponse, notamment sur des sujets évolutifs.

Savoir-faire

Positionner méthodologiquement un projet de médiation

Identifier la part de connaissances scientifiques établies mobilisables sur le sujet

Lister les données positivistes disponibles (statuts réglementaires, cycles biologiques, fonctionnement écologique) avant toute conception pédagogique.

Identifier la part de construction sociale et de vécu du public visé

Repérer, même sommairement à ce stade, les éléments de mémoire collective, de culture locale ou de vécu susceptibles d'influencer la réception du contenu (approfondi en leçon 5).

Vérifier l'inscription du projet dans une temporalité augmentée

S'assurer que le projet prévoit un temps amont (préparation, prise de contact) et un temps aval (prolongement, essaimage), pas seulement le temps de face-à-face.

Vérifier la cohérence avec les principes de transparence et de compétence

Prévoir explicitement comment le projet rendra le public acteur (sciences participatives, outils de collecte, restitution) et non simple auditeur.

Application au fil rouge — budget de positionnement du projet

Cette première phase de cadrage méthodologique, bien que courte, mobilise un temps de travail à budgéter dans le projet global :

PosteDétailMontant
Analyse préalable positiviste/constructiviste0,5 jour de médiateur scientifique (BPJEPS EEDD), 180 €/jour chargé90 €
Repérage documentaire sommaire du contexte local0,5 jour90 €
Total phase de positionnement180 €
Erreurs fréquentes

Ce qui fragilise le positionnement initial d'un projet

ErreurConséquenceCorrection
Ne retenir que l'approche positiviste (cours magistral simplifié)Public passif, aucune prise sur les représentations réellesArticuler systématiquement contenu exact et démarche constructiviste
Limiter la médiation au seul temps d'animationAbsence de pérennité, effet levier non consolidéPrévoir un temps amont et un temps aval dès la conception
Négliger le principe de compétence (public purement récepteur)Faible appropriation, motivation limitée du publicIntégrer un dispositif rendant le public acteur (sciences participatives, collecte)
Évaluation

Quiz de vérification des acquis

1. Un projet de médiation scientifique de qualité doit :

2. Le principe de compétence, l'un des deux principes fondateurs de la médiation scientifique, consiste à :

3. Dans le cas de Beauchêne, une lecture purement positiviste du projet présenterait le risque de :

0 / 3

Score obtenu

Auto-positionnement

Je me sens capable de distinguer les approches positiviste et constructiviste et de positionner un projet de médiation en cohérence avec les deux principes fondateurs :