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Bloc B7 — C7.1 › Leçon 7.1c

⚖️ Leçon 7.1c · Module C7.1

Statuts fonciers, procédures réglementaires et combinaisons de cas

Sur le terrain, un projet GPN mobilise presque toujours plusieurs régimes fonciers et plusieurs procédures administratives en parallèle. Savoir qui est propriétaire du terrain, quelles autorisations obtenir et dans quel ordre — avant de commencer quoi que ce soit — conditionne la faisabilité réelle du projet et son calendrier.

⏱ 45 minDurée estimée
C7.1 — critère 2Pertinence montage /8 — statut foncier, réglementaire, administratif
Fil rougeMarais du Rohu — Morbihan
① Savoir ② Savoir-être ③ Savoir-faire ④ Évaluation
⚖️

① Savoir

Statuts fonciers et procédures réglementaires — tous les cas possibles

🌿 Situation foncière du Marais du Rohu

Le Marais du Rohu cumule trois régimes distincts sur 120 ha : 80 ha propriété du Conservatoire du Littoral (établissement public, régime sui generis), 25 ha de parcelles privées agricoles utilisées pour l'élevage extensif, 15 ha de domaine public maritime (estran, chenaux tidaux). Les travaux de restauration des chenaux touchent les trois régimes simultanément — ce qui implique des procédures spécifiques pour chacun, à instruire en parallèle.

A — Les statuts fonciers — 8 situations possibles sur le terrain GPN
📌 La règle de base

Pas d'intervention sans accord du propriétaire

Quelle que soit la procédure réglementaire obtenue (autorisation loi sur l'eau, dérogation EP...), le technicien GPN ne peut pas intervenir sur une parcelle sans accord préalable du propriétaire. Ces deux conditions sont cumulatives — pas alternatives. Identifier le propriétaire de chaque parcelle concernée par le projet est donc la première étape, avant toute démarche administrative.

Statut foncierRégime juridiqueAccord nécessaire pour intervenirForme de l'accord
Domaine public maritime (DPM) État — inaliénable, imprescriptible. Comprend : rivage de la mer, estran, lais et relais de la mer, chenaux tidaux Autorisation d'occupation temporaire (AOT) délivrée par la DDTM au nom de l'État AOT précaire et révocable, gratuite ou payante selon l'usage, durée limitée
Domaine public fluvial (DPF) État ou collectivité selon le cours d'eau. Comprend : lit mineur, berges jusqu'à la ligne des hautes eaux AOT délivrée par le gestionnaire du cours d'eau (VNF, Département, Agence de l'eau selon le cours d'eau) AOT ou convention de travaux — vérifier qui est gestionnaire du cours d'eau concerné
Domaine privé de l'État (forêts domaniales) Géré par l'ONF au nom de l'État. Régime de droit privé mais avec contraintes de l'ONF Accord de l'ONF obligatoire — convention de travaux en forêt domaniale Convention bipartite ONF / structure porteuse — l'ONF reste maître des modalités sylvicoles
Conservatoire du Littoral (CdL) Établissement public — foncier inaliénable mais géré par des tiers via conventions. Statut sui generis distinct du domaine public classique Convention de gestion CdL déjà signée = incluse dans la mission du gestionnaire. Travaux hors convention = avenant ou nouvelle convention Convention de gestion (gestionnaire principal) + éventuellement convention de mise à disposition pour des actions ponctuelles de tiers
Propriété des collectivités territoriales — domaine public Parcs, voiries, espaces naturels classés au domaine public communal. Inaliénable Délibération du conseil (autorisation donnée au gestionnaire) + convention d'occupation si tiers Délibération du conseil + arrêté du maire ou du président selon le niveau de collectivité
Propriété des collectivités territoriales — domaine privé Terrains achetés par la collectivité mais non classés au domaine public (ex : ENS acheté par un Département) Convention de gestion ou bail emphytéotique passé par délibération du conseil Convention de gestion (pour un gestionnaire) ou bail emphytéotique administratif (30 à 99 ans)
Propriété privée de personnes physiques Droit civil — propriétaire pleinement libre dans les limites de la loi Accord écrit du propriétaire OBLIGATOIRE. Trois formes selon le cas ① Convention d'accès (droit d'inventaire ou de passage) · ② Bail rural ou bail environnemental · ③ DIG si travaux pour le compte d'une collectivité sur propriété privée
Propriété de personnes morales privées (associations, entreprises) Droit civil — même régime que personne physique, mais les décisions relèvent des instances de gouvernance (CA, AG) pas d'une seule personne Délibération de l'organe compétent (CA ou bureau selon les statuts) + signature d'une convention par le représentant légal Convention de gestion, bail ou accord de partenariat signé par le représentant légal de la personne morale
Le bail rural et le bail environnemental — deux outils pour les propriétaires agricoles

Bail rural classique (Code rural) : Contrat de location d'une parcelle agricole à un exploitant. Durée minimale 9 ans. Tacite reconduction. Fortement protecteur du preneur (agriculteur locataire) — très difficile à résilier. Peu compatible avec des objectifs de gestion conservatoire car le preneur est libre de ses pratiques agricoles dans le cadre réglementaire général.

Bail rural environnemental (Art. L411-27 Code rural) : Bail rural avec clauses environnementales obligatoires que le preneur s'engage à respecter. Peut prévoir : interdiction de labour, maintien de haies, pratiques extensives, périodes d'intervention limitées. Durée minimale 9 ans mais clauses opposables au preneur et à ses successeurs. Outil clé pour les CEN, CdL et collectivités qui louent des parcelles agricoles à des exploitants tout en imposant des pratiques compatibles avec les enjeux biodiversité.

Sur le Marais du Rohu : Les 25 ha de parcelles agricoles privées faisant l'objet d'élevage extensif pourraient être couverts par des baux ruraux environnementaux avec clauses de non-drainage et de maintien des prés salés — permettant à la fois le maintien d'une activité agricole et la gestion conservatoire du milieu.

La DIG — Déclaration d'Intérêt Général — comment ça fonctionne

La DIG (Article L211-7 du Code de l'environnement) permet à une collectivité territoriale ou à un groupement de collectivités de réaliser des travaux d'intérêt général sur des parcelles privées, sans accord préalable du propriétaire (mais avec enquête publique et indemnisation des préjudices éventuels).

Procédure :

  • Dossier de demande de DIG déposé auprès du Préfet (DDTM)
  • Enquête publique (1 mois minimum) — les propriétaires concernés peuvent s'exprimer
  • Arrêté préfectoral déclarant l'intérêt général des travaux
  • La collectivité peut alors réaliser les travaux et se voir reconnaître le droit d'y accéder
  • Les propriétaires sont indemnisés si les travaux créent un préjudice démontrable

Délai : 4 à 8 mois selon la complexité du dossier et le contexte local.

Attention : La DIG ne peut être demandée que par une collectivité — pas par une association GPN directement. Si le porteur du projet est une association, elle doit passer par la collectivité compétente (commune, intercommunalité, département selon le cours d'eau).

B — Les 8 procédures réglementaires à connaître — fiches opérationnelles
Déclaration loi sur l'eau — régime D (R214-1)⏱ 2 mois
Quand s'applique-t-elle ?
Travaux en zones humides entre 0,1 et 1 ha (rubrique 3.3.1.0)
Travaux sur cours d'eau impactant un linéaire entre 100 m et 1 km (selon rubrique)
Création ou modification de plans d'eau entre 0,1 et 3 ha
Rejet d'eaux pluviales dans une zone humide : débit entre seuils bas et seuils hauts
Principe : Travaux inférieurs aux seuils d'autorisation mais supérieurs aux seuils de déclaration
Procédure et acteurs
Dossier déposé à la DDTM (guichet unique eau)
Contenu : description du projet, plans, étude d'impact simplifiée, mesures compensatoires
Délai : 2 mois à compter de la réception du dossier complet
Absence de réponse = accord tacite après 2 mois
Prescriptions possibles de la DDTM sur les modalités des travaux
Sur le Marais du Rohu : Le curage des chenaux secondaires (surface concernée estimée à 0,4 ha) relève de la déclaration. Le projet doit déposer ce dossier à la DDTM 56 dès la phase de conception — prévoir 2 mois dans le calendrier avant le démarrage des travaux.
Autorisation loi sur l'eau — régime A (R214-1)⏱ 6–12 mois
Quand s'applique-t-elle ?
Travaux en zones humides de plus de 1 ha (rubrique 3.3.1.0)
Travaux sur un linéaire de cours d'eau supérieur aux seuils de la rubrique
Plans d'eau de plus de 3 ha
Tout projet dépassant les seuils de la nomenclature eau (tableaux R214)
Risque : Un projet initialement déclaré peut basculer en autorisation si le périmètre est étendu
Procédure et acteurs
Dossier CERFA + étude d'impact complète + étude de dangers si pertinent
Enquête publique obligatoire (1 mois) — commissaire enquêteur désigné par le Préfet
Instruction par la DDTM avec avis de l'OFB, de l'Agence de l'eau, de la DREAL
Arrêté préfectoral d'autorisation avec prescriptions
Délai : 6 à 12 mois minimum selon la complexité et le contexte local
Sur le Marais du Rohu : Si la restauration des chenaux principaux implique des travaux sur plus de 1 ha de zones humides, le régime d'autorisation s'applique. Cela signifie 6 à 12 mois de procédure — incompatible avec le délai de dépôt des dossiers de subvention (T1). Le technicien GPN doit évaluer très tôt la surface exacte concernée pour choisir le bon régime et adapter le calendrier du projet.
⚠️ Attention au franchissement de seuil : Si le projet est initialement conçu pour rester en régime déclaration et que des études complémentaires révèlent un dépassement de seuil, il faut basculer en autorisation — ce qui décale tout le calendrier. Anticiper dès la conception.
Évaluation des incidences Natura 2000 (EIN)⏱ 2–6 mois
Quand s'applique-t-elle ?
Tout projet susceptible d'affecter les habitats ou espèces d'un site N2000, même situé hors du site
Les travaux dans le périmètre d'un site N2000 sont soumis à EIN par défaut (liste nationale et liste locale)
Projets soumis à autorisation ou déclaration administrative ET situés dans ou à proximité d'un site N2000
Certains projets listés dans la liste locale définie par le Préfet peuvent y être soumis même sans autre procédure
Procédure et acteurs
EIN intégrée dans le dossier loi sur l'eau ou permis de construire (pas un dossier séparé)
Deux niveaux : (1) évaluation simplifiée si impacts limités — (2) évaluation complète si impacts significatifs
Instruction par l'autorité compétente (Préfet) avec avis du gestionnaire N2000
Si impacts résiduels significatifs : mesures compensatoires obligatoires + avis du CSRPN
Délai : 2 à 6 mois selon le niveau d'évaluation requis
Sur le Marais du Rohu : Le site est ZSC et ZPS — toute action dans le périmètre N2000 est soumise à EIN. Le dossier d'EIN sera intégré au dossier loi sur l'eau. Le CEN Bretagne, en tant que gestionnaire N2000, réalisera lui-même l'évaluation — mais elle doit être validée par la DDTM et potentiellement le CSRPN si des impacts résiduels sont identifiés sur la Spatule blanche ou le Phragmite aquatique.
Dérogation espèces protégées (DEP) — Art. L411-2 CE⏱ 6–18 mois
Quand s'applique-t-elle ?
Travaux susceptibles de détruire, déranger ou déplacer des individus d'espèces protégées
Destruction ou dégradation d'habitats d'espèces protégées (sites de reproduction, aires de repos)
Transport, détention, utilisation d'espèces protégées dans le cadre du projet
3 conditions cumulatives : raison impérative d'intérêt public majeur (RIIPM) + absence de solution alternative + mesures compensatoires
Procédure et acteurs
Dossier déposé au Préfet de département (DDTM instruit)
Avis obligatoire du Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel (CSRPN)
Pour les projets d'importance : avis du Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN)
Arrêté préfectoral de dérogation avec conditions précises
Délai : 6 à 18 mois — procédure la plus longue du panel
Mesures ERC (Éviter, Réduire, Compenser) à démontrer dans le dossier
Sur le Marais du Rohu : La Loutre d'Europe est présente sur le site et est une espèce strictement protégée (Annexe IV Dir. Habitats). Les travaux de curage des chenaux risquent de détruire des zones de reproduction ou de repos. Une DEP sera probablement nécessaire — avec fenêtre de travaux hors période de mise bas (printemps). Ce dossier est le plus chronophage : démarrer son instruction dès la phase d'étude préalable, 12 à 18 mois avant les travaux.
⚠️ Erreur classique : Commencer les travaux sans DEP en estimant que "les impacts seront minimes". Toute destruction ou dérangement d'EP sans dérogation est un délit pénal (2 ans d'emprisonnement, 150 000 € d'amende). Même un nid détruit accidentellement engage la responsabilité pénale du responsable de chantier.
DIG — Déclaration d'Intérêt Général (Art. L211-7 CE)⏱ 4–8 mois
Quand s'applique-t-elle ?
Travaux sur des propriétés privées pour un intérêt collectif (restauration de cours d'eau, zones humides)
Nécessaire quand des propriétaires refusent d'accorder l'accès ou contestent les travaux
Porteur obligatoirement une collectivité territoriale ou groupement (pas une association seule)
S'applique aux travaux de curage, restauration de berges, renaturation, gestion de zones humides
Procédure et acteurs
Dossier déposé à la Préfecture (DDTM instruit)
Enquête publique obligatoire — propriétaires concernés informés et peuvent s'exprimer
Arrêté préfectoral déclarant l'intérêt général des travaux
La collectivité peut alors accéder aux parcelles pour réaliser les travaux
Indemnisation des propriétaires si préjudice démontrable
Sur le Marais du Rohu : Les 25 ha de parcelles agricoles privées nécessitent un accord des propriétaires. Si les négociations échouent, la commune de Saint-Gildas-de-Rhuys ou la communauté de communes peut demander une DIG — mais c'est une procédure conflictuelle à éviter si possible. La priorité : négocier des conventions amiables ou des baux ruraux environnementaux avec les propriétaires avant de recourir à la DIG.
AOT — Autorisation d'Occupation Temporaire du domaine public⏱ 1–4 mois
Quand s'applique-t-elle ?
Travaux ou installations sur le domaine public maritime (DPM)
Travaux sur le domaine public fluvial (DPF)
Occupation temporaire d'une voirie publique ou d'un espace public pour un chantier
Toute utilisation privative du domaine public à des fins autres que l'usage commun
Procédure et acteurs
DPM : demande à la DDTM (service maritime) au nom de l'État
DPF : demande au gestionnaire du cours d'eau (VNF, Département...)
Domaine public communal : demande à la mairie
L'AOT est précaire et révocable — elle ne confère pas un droit définitif
Durée limitée définie dans l'arrêté ou la convention d'AOT
Peut être gratuite (intérêt public) ou payante (redevance domaniale)
Sur le Marais du Rohu : Les 15 ha de domaine public maritime (estran et chenaux tidaux) nécessitent une AOT délivrée par la DDTM 56. Cette demande doit être coordonnée avec le dossier loi sur l'eau car les deux sont instruits par la même DDTM. Regrouper les demandes pour optimiser le calendrier administratif.
Permis d'aménager / Déclaration préalable (Code de l'urbanisme)⏱ 1–3 mois
Quand s'applique-t-il ?
Déclaration préalable : Travaux modifiant l'aspect extérieur d'un bâtiment, création de surface < 20 m², affouillements et exhaussements de sol > 2 m et > 100 m²
Permis d'aménager : Création de lotissements, campings, aires de stationnement, terrains de sport, parcs d'attraction, mais aussi aménagements de sentiers balisés en zone protégée si conditions réunies
La création d'un sentier d'interprétation avec équipements (observatoires, panneaux fixes) peut nécessiter une déclaration préalable ou un permis selon la nature des travaux
Procédure et acteurs
Dossier déposé à la mairie de la commune d'implantation
Instruction par les services urbanisme de la commune + consultations (ABF si site protégé, DDTM si N2000)
Déclaration préalable : délai 1 à 2 mois
Permis d'aménager : délai 3 mois + prolongations possibles
En zone N2000 ou site classé : délais plus longs et avis obligatoires supplémentaires
Sur le Marais du Rohu : La mise en place du sentier d'interprétation avec observatoires ornithologiques et panneaux ancrés nécessite probablement une déclaration préalable auprès de la mairie de Saint-Gildas-de-Rhuys. La présence du site N2000 et du site classé implique des consultations supplémentaires (DREAL, ABF) qui allongent le délai. À lancer en parallèle du dossier loi sur l'eau.
Arrêté de protection de biotope (APB) — Art. R411-15 à R411-17 CE⏱ 6–18 mois (procédure d'obtention)
Qu'est-ce que c'est ?
Outil réglementaire de protection d'un biotope (milieu de vie) nécessaire à la survie d'espèces protégées
Pris par arrêté préfectoral — fixe des interdictions ou des prescriptions sur un espace délimité
Peut interdire : destructions d'habitats, travaux, activités, accès dans des zones et périodes définies
Peut être proposé par le gestionnaire du site, une association, une collectivité ou l'État
Rôle dans la stratégie d'un projet GPN
L'APB n'est pas une procédure à obtenir avant des travaux — c'est un outil de protection à proposer pour renforcer la protection d'un site
Un APB existant sur une zone peut au contraire CONTRAINDRE le projet (interdire certains travaux ou certains accès)
À vérifier systématiquement en début de projet : existe-t-il un APB sur le site ou à proximité ?
Si le projet cherche à obtenir un APB : procédure Préfecture + DREAL + CSRPN + consultation publique
Sur le Marais du Rohu : Pas d'APB connu sur le site actuellement (N2000 assure la protection principale). Mais si le projet identifie des zones de reproduction de la Loutre nécessitant une protection renforcée, proposer un APB sectoriel peut compléter le dispositif N2000 — à envisager en C7.3 comme piste d'évolution à plus long terme.
C — Les combinaisons réelles de procédures — ce qui se passe vraiment sur le terrain
Combinatoire des procédures selon le type de projet
Cliquer sur chaque situation pour voir les procédures à lancer simultanément
Restauration de chenaux en zone humide N2000 avec EP sur propriétés mixtes (public + privé)
4–5 procédures
Loi eau Décl. ou Auth. EIN N2000 DEP si EP impactées AOT si DPM/DPF DIG si refus propriétaires

C'est le cas du Marais du Rohu. L'EIN est intégrée au dossier loi sur l'eau. La DEP (Loutre) est indépendante et la plus longue à obtenir. L'AOT couvre le DPM (estran). La DIG n'est nécessaire que si les propriétaires des 25 ha privés refusent les conventions amiables.

Délai global : 12 à 18 mois si DEP nécessaire (chemin critique). Démarrer la DEP en premier, en parallèle des autres dossiers. Le dépôt des dossiers de subvention au T1 peut se faire sur la base d'un projet en cours d'instruction — les financeurs l'acceptent si le calendrier de procédures est clairement présenté.
Sentier d'interprétation avec observatoires sur site classé hors N2000, propriété d'une collectivité
2–3 procédures
Déclaration préalable Autorisation ABF si site classé DEP si EP présentes

La déclaration préalable est instruite par la mairie mais avec avis obligatoire de l'Architecte des Bâtiments de France (ABF) si le site est classé ou inscrit au titre des monuments historiques ou des sites. Si des espèces protégées nichent sur le tracé du sentier (ex : Chevêche d'Athéna dans les vieux murs), une DEP peut être requise même pour des aménagements légers.

Délai global : 3 à 6 mois (sans DEP). Si DEP nécessaire : 9 à 15 mois. Le chemin critique est l'ABF — ses délais peuvent s'allonger si le dossier est incomplet ou s'il demande des modifications.
Plan de gestion pastoral sur landes privées avec espèces protégées, hors N2000
2–3 procédures
Convention accès ou bail rural env. DEP si impact EP Décl. eau si zones humides >0,1 ha

Pas de N2000 = pas d'EIN automatique. Mais si des espèces protégées sont présentes (ex : Lézard des souches sur lande sèche), les actions de débroussaillage ou de pâturage tournant peuvent impacter leurs habitats et déclencher la DEP. La convention d'accès ou le bail rural environnemental avec le propriétaire est la première chose à sécuriser — sans elle, aucune autre procédure n'est utile.

Délai global : 3 à 9 mois selon présence d'EP. Le bail rural environnemental peut prendre du temps si le propriétaire négocie les clauses — prévoir 3 à 6 mois de négociation.
Restauration de cours d'eau sur parcelles agricoles privées avec refus de propriétaires
3–5 procédures
Loi eau Auth. probable DIG obligatoire DEP si EP AOT si DPF

La DIG doit être demandée par la collectivité (commune, intercommunalité, département selon la compétence GEMAPI). Si le porteur est une association, elle doit passer par la collectivité compétente. La DIG et l'autorisation loi sur l'eau peuvent être instruites en parallèle, mais la DIG a son propre délai d'enquête publique. Ce cumul est le scénario le plus complexe — à éviter autant que possible par la négociation amiable préalable.

Délai global : 12 à 24 mois (DIG + autorisation eau + DEP en parallèle). Ce type de projet nécessite un lancement des procédures 18 mois avant les travaux prévus.
Inventaire naturaliste sur forêt domaniale avec capture d'espèces protégées
2 procédures
Convention ONF d'accès Autorisation capture/manipulation EP

L'autorisation de capture et manipulation d'espèces protégées (chiroptères, reptiles, amphibiens...) est une DEP allégée — distincte de la DEP travaux. Elle est délivrée par le Préfet sur avis de la DREAL. Le technicien doit être titulaire de la dérogation personnellement ou agir sous couvert d'une dérogation délivrée à sa structure. L'accord ONF est préalable à tout accès en forêt domaniale — même pour un simple inventaire.

Délai global : 2 à 4 mois (convention ONF rapide si relations préexistantes + dérogation capture 1 à 3 mois).
🧭

② Savoir-être

Ne pas sous-estimer les délais réglementaires — la posture du technicien rigoureux

L'une des erreurs les plus fréquentes des techniciens GPN débutants est de concevoir le volet technique d'un projet sans intégrer les délais des procédures administratives au calendrier. Les financeurs, le commanditaire et les élus exercent une pression pour que "le projet avance vite" — et la tentation de démarrer les travaux avant que toutes les autorisations soient obtenues est réelle. C'est une faute grave aux conséquences pénales et financières potentiellement désastreuses.

🎭 Mise en situation — Marais du Rohu

Scénario : la pression du commanditaire sur le calendrier

Trois mois après le lancement du projet, tu présentes le calendrier prévisionnel des procédures au comité de pilotage. Tu indiques que la DEP pour la Loutre d'Europe prendra 12 à 15 mois — ce qui repousse le début des travaux de restauration des chenaux à l'automne de l'année suivante. Le directeur du CEN te répond : "Les financeurs FEADER ont besoin de voir des travaux réalisés avant fin 2025, sinon on perd la subvention. Ne peut-on pas commencer les travaux sur les zones B et C où il n'y a pas de Loutre, et déposer la DEP en parallèle pour la zone A ?" Il ajoute que la Loutre "n'est de toute façon pas confirmée en zone B et C".

❓ Comment réagis-tu — et que vérifies-tu avant de répondre ?
Responsabilité pénale en cas d'atteinte aux espèces protégées sans autorisation

L'article L415-3 du Code de l'environnement prévoit :

  • 3 ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende pour destruction, mutilation, capture, détention d'espèces animales protégées
  • Ces peines s'appliquent même si l'atteinte est involontaire ou accidentelle, dès lors que les travaux n'étaient pas couverts par une dérogation
  • Les personnes morales (structure porteuse) peuvent être condamnées à des amendes 5 fois supérieures
  • Le responsable de chantier (technicien GPN en charge) peut être mis en cause personnellement

En pratique : un chantier commencé sans DEP et qui détruit accidentellement un nid de Pie-grièche écorcheur (espèce protégée) peut entraîner l'arrêt immédiat du chantier par l'OFB, des poursuites pénales et la remise en état aux frais du maître d'ouvrage. Le coût d'une DEP (quelques milliers d'euros en honoraires d'étude) est infime comparé au coût d'un contentieux.

🛠️

③ Savoir-faire

Construire le tableau foncier et réglementaire d'un projet

1

Cartographier les parcelles et identifier chaque propriétaire

Consulter le cadastre (cadastre.gouv.fr) pour chaque parcelle concernée par le projet. Identifier le propriétaire de chaque parcelle. Vérifier si les parcelles appartiennent au DPM, DPF, domaine privé de l'État (forêt domaniale), CdL, collectivités ou propriétaires privés. Cette cartographie foncière est la base de tout — elle détermine les accords à obtenir.

2

Vérifier les statuts réglementaires du site et de son environnement

Consulter le INPN (inpn.mnhn.fr) et le Géoportail pour identifier : périmètres N2000 (ZSC, ZPS), zones humides d'inventaire, ZNIEFF, sites classés et inscrits, APB existants, APPB, zones de préemption ENS. Ces statuts déclenchent des procédures spécifiques ou des obligations de consultation. Un site peut cumuler plusieurs statuts.

3

Réaliser un pré-diagnostic des espèces protégées présentes

Consulter les bases de données (INPN, portail naturaliste régional, études antérieures) pour identifier les espèces protégées connues sur le site. Évaluer si les actions envisagées peuvent les impacter. Si le risque existe : planifier une campagne d'inventaires ciblés AVANT la conception définitive du projet, pour dimensionner la DEP nécessaire.

4

Construire le tableau des procédures avec délais et responsables

Pour chaque procédure nécessaire : identifier le déclencheur (seuil dépassé, EP présente...), le délai réaliste, l'autorité instructrice, le responsable du dossier dans l'équipe projet, et la date de dépôt cible. Identifier le chemin critique — la procédure la plus longue conditionne le démarrage des travaux, quelle que soit l'avancée des autres.

5

Intégrer les procédures dans le calendrier global du projet

Remonter dans le temps à partir de la date souhaitée de début de travaux. Si la DEP prend 12 mois : la déposer 12 mois avant le démarrage prévu. Si l'autorisation loi sur l'eau prend 6 mois : la déposer 6 mois avant. Le calendrier des procédures s'impose au calendrier des travaux — pas l'inverse. Un projet bien conçu anticipe ces délais et les intègre dans la planification dès la phase d'étude préalable.

✏️ Exercice — Quelles procédures pour ce projet ?
Projet : Un CEN régional (association) veut réaliser des travaux de gestion de milieux ouverts (débroussaillage mécanique de 3 ha) sur une lande humide en ZSC Natura 2000. La lande est propriété d'un agriculteur qui accepte en principe mais n'a pas encore signé. Des orchidées sauvages protégées (Dactylorhiza) sont présentes. Le CEN veut commencer les travaux dans 4 mois.

Pour chaque procédure, indique si elle est nécessaire (et pourquoi).

📋 Ce que le jury évalue — Critère 2 de C7.1 (/8 pts)

L'indicateur exact de la grille jury : "Propositions pertinentes au regard du statut foncier, financier, réglementaire, administratif, institutionnel". Pour le volet foncier et réglementaire, le jury vérifie que le candidat a identifié le régime foncier de chaque parcelle, les procédures déclenchées et les délais correspondants — et que ces délais sont intégrés dans le calendrier présenté.

💡 Dans la fiche E7, produire un tableau synthétique "Procédures réglementaires — déclencheur, autorité instructrice, délai, date de dépôt cible". Ce tableau montre immédiatement au jury que le candidat maîtrise le volet administratif du montage — pas seulement le volet technique ou budgétaire.

📊

④ Évaluation

Je me situe — statuts fonciers et procédures réglementaires

bonnes réponses sur 5

Auto-évaluation — Critère 2 de C7.1 (statut foncier et réglementaire)

Indicateur du jury E7Mon niveau
Je sais identifier le régime foncier de chaque parcelle concernée par un projet (DPM, DPF, CdL, domaine public collectivités, propriété privée) et les accords à obtenir
Je sais identifier les procédures réglementaires déclenchées par un projet (loi eau, EIN, DEP, DIG, AOT, permis) et les délais correspondants
Je sais identifier le chemin critique réglementaire d'un projet et intégrer les délais dans le calendrier global