Bloc B7 — C7.1 › Leçon 7.1f
📊 Leçon 7.1f · Module C7.1Le budget prévisionnel est LE document central du montage de projet. Mais 6 confusions de vocabulaire suffisent à le faire mal construire. Cette leçon commence par les mettre à plat une par une — avec des calculs concrets sur le Marais du Rohu — avant de construire un budget complet.
① Savoir
Le budget prévisionnel n'est pas difficile à construire une fois qu'on comprend exactement ce que signifient les mots. Mais ces mots — salaire brut, coût salarial, heures productives, charges, recettes — ont des définitions précises que le langage courant déforme. Chaque confusion produit un budget faux, et donc un projet sous-financé ou sur-estimé.
| Terme | Définition précise | Exemple concret |
|---|---|---|
| Dépense | Sortie réelle de trésorerie — de l'argent qui sort du compte bancaire de la structure | Paiement d'une facture de travaux : 40 000 € |
| Charge | Terme comptable qui inclut les dépenses MAIS AUSSI les dotations aux amortissements (usure du matériel inscrite en comptabilité sans sortie d'argent) | Amortissement d'un véhicule : 3 000 €/an comptabilisés sans paiement |
| Coût | Valeur totale d'une ressource mobilisée, y compris les ressources non monétaires (bénévolat, temps valorisé, matériel mis à disposition gratuit) | Coût d'un chantier bénévole : 5 200 € même si aucune dépense réelle |
Dans un budget prévisionnel de projet GPN, on inscrit les coûts totaux — pas uniquement les dépenses en argent. Le bénévolat valorisé et les contributions en nature y apparaissent comme coûts (dépenses fictives) ET comme recettes (contributions).
Erreur classique : inscrire dans le budget le salaire net que le technicien va toucher. C'est faux — il faut inscrire le coût salarial total que la structure va réellement payer.
Règle pratique : Le coût salarial total est environ 1,7 à 1,9 fois le salaire net selon les cotisations applicables. Pour un budget, multiplier le salaire net brut annoncé par 1,8 donne une estimation raisonnable du coût réel pour l'employeur.
Un salarié à temps plein travaille 1 607 h/an selon la loi (durée légale). Mais toutes ces heures ne sont pas "productives" au sens du projet — certaines sont consacrées à des activités qui ne peuvent pas être imputées au projet.
| Calcul | Comment faire | Résultat |
|---|---|---|
| Taux journalier moyen (TJM) | Coût salarial annuel ÷ nombre de jours productifs (≈ 218 j/an pour un temps plein) | 34 800 € ÷ 218 j = 159 €/jour |
| Coût horaire | Coût salarial annuel ÷ heures productives annuelles | 34 800 € ÷ 1 253 h = 27,8 €/h |
| Nb de jours à imputer au projet | Nombre d'heures du projet ÷ 7 h (journée de travail standard) | 350 h de projet ÷ 7 = 50 jours |
| Coût de ces jours pour le budget | Nb de jours × TJM | 50 j × 159 € = 7 950 € à inscrire |
| Type de recette | Définition | Exemple sur le Rohu |
|---|---|---|
| Subventions publiques | Financements versés par des acteurs publics (Agence eau, Région, Département, OFB...) | Agence de l'eau : 81 000 € · Région : 36 000 € |
| Fonds propres structure | Réserves financières de la structure utilisées pour le projet — leur propre argent | CEN Bretagne : puise 10 000 € dans ses réserves |
| Bénévolat valorisé | Temps des bénévoles évalué à un taux horaire conventionnel — inscrit en recettes ET en dépenses | 25 bénévoles × 2 j × 7h × 15 €/h = 5 250 € |
| Contributions en nature | Mise à disposition gratuite de matériel, locaux, véhicules par un partenaire — valorisée et inscrite des deux côtés | Commune met à disposition un véhicule : 3 600 €/an |
| Prestations vendues | Recettes générées par le projet lui-même (droits d'entrée, visites guidées payantes, vente de publications) | Visites guidées sentier : 2 500 €/an prévisionnel |
| Mécénat / dons | Dons d'entreprises ou de particuliers — déductibles fiscalement pour le donateur si structure habilitée | Fondation locale : 8 000 € |
| Statut de la structure | TVA récupérable ? | Budget en | Impact sur les financeurs |
|---|---|---|---|
| Structure assujettie à la TVA (certaines associations avec activités commerciales, EPIC...) | Oui — récupère la TVA payée sur les achats | HT — la TVA ne fait pas partie du coût réel | Les financeurs financent sur le HT uniquement |
| Structure non assujettie (majorité des associations GPN à activité non commerciale) | Non — la TVA payée est une charge définitive | TTC — la TVA fait partie du coût réel | Les financeurs financent sur le TTC (TVA = charge éligible) |
| Structure mixte (assujettie pour certaines activités) | Partiellement — prorata de déduction TVA | Dépend du prorata — à calculer avec le comptable | Variable — à préciser dans le dossier de subvention |
Sur le Marais du Rohu : Le CEN Bretagne est une association loi 1901 principalement non assujettie à la TVA sur ses activités de gestion. Les factures de travaux (40 000 € HT + TVA 20% = 48 000 € TTC) doivent être inscrites TTC dans le budget. Les financeurs calculent leur subvention sur le montant TTC, sauf si le CEN peut justifier d'un droit à déduction.
| Document | Question à laquelle il répond | Structure | Quand le produire |
|---|---|---|---|
| Budget prévisionnel | Combien le projet coûte-t-il et d'où vient l'argent ? | Tableau dépenses / recettes équilibré (les deux totaux sont égaux) | Dès la conception du projet — requis pour les dossiers de subvention |
| Plan de financement | Quel financeur apporte combien et à quel taux ? | Tableau financeurs / montants / taux / conditions — complète le budget | Simultanément au budget prévisionnel — requis par tous les financeurs |
| Budget de trésorerie | Quand l'argent entre-t-il et quand sort-il ? Y a-t-il des tensions de trésorerie ? | Calendrier mois par mois des encaissements et décaissements — montre si la structure peut préfinancer | Facultatif pour les dossiers de subvention mais indispensable en interne pour anticiper les besoins de préfinancement |
Quand une structure utilise du matériel qu'elle possède déjà (véhicule, équipement de terrain) pour un projet, elle ne doit pas inscrire la valeur totale du matériel dans le budget — mais uniquement la quote-part d'amortissement correspondant à l'utilisation sur le projet.
Exemple : Un véhicule d'une valeur de 18 000 € amorti sur 6 ans = 3 000 €/an d'amortissement. Si ce véhicule est utilisé à 40% pour le projet sur 1 an = 3 000 × 40% = 1 200 € à inscrire dans le budget du projet.
Cette approche est plus rigoureuse que d'inscrire le prix d'achat ou un "loyer" fictif. Elle demande de connaître les plans d'amortissement comptables de la structure — à obtenir auprès du comptable ou de la direction administrative.
Les frais de structure (loyer, électricité, téléphone, comptabilité, assurances...) ne peuvent pas être entièrement imputés à un projet — ils concernent l'ensemble de la structure. La méthode standard est de définir une clé de répartition.
Clé de répartition la plus courante : % du temps de la structure consacré au projet. Si le projet mobilise 30% des ressources humaines de la structure, on impute 30% des frais de structure au projet.
Exemple : Frais de structure annuels = 50 000 €. Le projet mobilise 25% des ressources → 50 000 × 25% = 12 500 € imputés au budget du projet. Ces 12 500 € apparaissent en dépenses — et sont couverts par les subventions. Tous les financeurs n'acceptent pas les frais de structure (le FEADER les limite à 15% des dépenses directes pour certains programmes).
② Savoir-être
La tentation dans un premier budget est de sous-estimer les coûts pour que le projet "passe" — ou de surestimer les recettes pour "boucler". Les deux sont des erreurs graves. Un budget honnêtement construit, même s'il révèle que le projet coûte plus cher que prévu, est toujours préférable à un budget optimiste qui crée des problèmes lors de la réalisation.
Après présentation de ton budget prévisionnel au comité de pilotage, le directeur du CEN Bretagne te dit : "180 000 €, c'est beaucoup. Tu es sûr qu'on ne peut pas le faire pour 120 000 € ? Le Conservatoire du Littoral sera plus facile à convaincre avec un budget plus compact." Il suggère de "réduire les imprévus" (actuellement 10 000 €) et de "baisser le coût salarial" en inscrivant le salaire net au lieu du coût total.
③ Savoir-faire
Personnel (coût salarial total, pas le net), prestations externes (TTC si structure non assujettie), frais de déplacement (barème kilométrique officiel), matériel (amortissement ou achat), communication, frais de structure (clé de répartition), imprévus (5 à 10% du total des dépenses directes). Ne rien oublier, ne rien sous-estimer.
Pour chaque salarié : coût salarial total mensuel × % temps × durée en mois. Vérifier les taux de cotisations patronales applicables (variables selon le type de structure et le type de contrat). Ne jamais utiliser le salaire net ni le salaire brut seul.
Pour les prestations facturées à la journée : définir le nombre de jours (pas les heures brutes) × le TJM du prestataire. Pour les heures bénévoles : calculer le nombre d'heures × taux horaire de valorisation. Ces calculs permettent de justifier les montants inscrits devant les financeurs.
Total recettes = Total dépenses. Si les subventions identifiées ne couvrent pas le total : ajouter une ligne "fonds propres structure" pour l'écart restant. Si les fonds propres disponibles sont insuffisants : réduire le périmètre du projet ou chercher un financeur supplémentaire — mais ne jamais laisser un déficit.
Le total des subventions dans le plan de financement doit correspondre exactement au total des subventions dans les recettes du budget prévisionnel. Les deux documents doivent raconter la même histoire — toute incohérence entre eux est un signal d'alarme pour les financeurs.
Budget prévisionnel complet — Projet Marais du Rohu (180 000 €)
| DÉPENSES | Base | Calcul | Montant TTC |
|---|---|---|---|
| A — Personnel CEN Bretagne | |||
| Technicien GPN (chef de projet) — 80% temps / 18 mois | 2 640 €/mois | × 80% × 18 | 38 016 € |
| Chargé de mission N2000 — 30% temps / 18 mois | 2 900 €/mois | × 30% × 18 | 15 660 € |
| → Coûts salariaux totaux (brut + charges patronales ~42%) | 53 676 € | ||
| B — Prestations externes (TTC) | |||
| Travaux de restauration des chenaux — entreprise génie écologique | 48 000 € TTC | forfait | 48 000 € |
| Bureau d'études — dossier loi sur l'eau + EIN N2000 | 8 400 € TTC | forfait | 8 400 € |
| Bureau d'études — dossier DEP Loutre d'Europe | 4 800 € TTC | forfait | 4 800 € |
| C — Sentier d'interprétation (TTC) | |||
| Fabrication et pose des panneaux d'interprétation (12 panneaux) | 600 € × 12 | TTC | 7 200 € |
| Observatoire ornithologique (structure bois) | 18 000 € TTC | forfait | 18 000 € |
| Aménagement du sentier (balisage, bancs, revêtement) | 12 000 € TTC | forfait | 12 000 € |
| D — Frais de fonctionnement | |||
| Déplacements (véhicule barème kilométrique + train) | 0,48 €/km × 8 000 km | + abonnements | 5 040 € |
| Frais de structure (loyer, tél, compta) — clé 25% des charges directes | 25% × 88 476 | prorata | 7 884 € |
| Communication du projet (plaquette, web, conférence) | 3 000 € TTC | forfait | 3 000 € |
| E — Bénévolat valorisé (contributions en nature) | |||
| Chantier participatif bénévoles (25 pers. × 2 j × 7h × 15 €/h) | 25 × 14 h | × 15 €/h | 5 250 € |
| Temps valorisé apprenant BTS GPN stage (2 étudiants × 6 sem) | 2 × 210 h | × 12 €/h | 5 040 € |
| F — Imprévus (5% des dépenses directes) | |||
| Imprévus et aléas de chantier | 5% × direct | ≈ | 10 710 € |
| TOTAL DÉPENSES | 180 000 € | ||
| RECETTES | Taux | Assiette | Montant |
|---|---|---|---|
| Subventions publiques | |||
| Agence de l'eau Loire-Bretagne (travaux chenaux + études) | 70% | 84 000 € | 58 800 € |
| FEADER Région Bretagne (sentier + frais de structure) | 60% | 37 884 € | 22 730 € |
| Région Bretagne (programme Breizh Biodiv) | 25% | 87 710 € | 21 928 € |
| Département Morbihan ENS (sentier d'interprétation) | 30% | 37 200 € | 11 160 € |
| OFB / Contrats N2000 non agricoles (restauration habitats FSD) | 100% | 12 000 € | 12 000 € |
| Financements privés et contributions | |||
| Fondation de France (programme Environnement) | forfait | 12 000 € | |
| Mécénat entreprises locales (2 mécènes) | forfait | 8 000 € | |
| Financement participatif (plateforme Hello Asso) | forfait | 5 000 € | |
| Contributions en nature (bénévolat valorisé) | |||
| Bénévolat valorisé (chantier participatif) | 100% | 5 250 € | |
| Temps valorisé apprenant BTS GPN | 100% | 5 040 € | |
| Fonds propres CEN Bretagne | |||
| Réserves financières propres du CEN | 18 092 € | ||
| TOTAL RECETTES | 180 000 € | ||
| ✓ Budget équilibré — Total Dépenses = Total Recettes = 180 000 € | |||
La grille jury évalue la "maîtrise des montages budgétaires" sur 3 indicateurs : les ordres de grandeur (les montants sont-ils réalistes ?), le formalisme (recettes = dépenses, coûts salariaux corrects, TTC/HT cohérent) et la pertinence du montage financier (les bons financeurs, les bons taux). Le jury ne demande pas un budget parfait au centime — il vérifie que le candidat comprend les mécanismes et utilise les bons termes.
💡 Dans la fiche E7 : présenter un budget prévisionnel en tableau équilibré, avec une ligne "coût salarial total" (pas le net), en précisant en note "TTC, association non assujettie à la TVA". Ces deux précisions montrent au jury que le vocabulaire est maîtrisé.
④ Évaluation
bonnes réponses sur 5
Auto-évaluation — Critère 3 de C7.1 (budget prévisionnel)
| Indicateur | Mon niveau |
|---|---|
| Je distingue salaire net / salaire brut / coût salarial total et j'utilise le bon terme dans un budget de projet | |
| Je sais calculer les heures productives et le taux journalier moyen d'un salarié pour imputer son coût à un projet | |
| Je sais construire un budget prévisionnel équilibré (recettes = dépenses) avec bénévolat valorisé, TTC/HT cohérent et imprévus |