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Bloc B8 — C8.2 Participer à un processus de concertation › Module C8.2 · Leçon 2.1

📘 Leçon 2.1 · Module C8.2

Information, consultation, concertation — les trois niveaux du dialogue territorial

Toutes les réunions avec les acteurs ne sont pas de la concertation. Confondre information, consultation et concertation, c'est promettre plus qu'on ne tient — et perdre la confiance des acteurs avant même d'avoir commencé. Cette distinction est fondamentale pour C8.2.

⏱ 35 minDurée estimée
C8.2 — base du modulePrérequis à toutes les leçons suivantes
4 tempsSavoir · Être · Faire · Évaluation
① Savoir ② Savoir-être ③ Savoir-faire ④ Évaluation
📘

① Savoir

Trois niveaux de dialogue — trois engagements différents

La distinction entre information, consultation et concertation est l'une des plus importantes du module M8. Dans la pratique professionnelle, ces trois niveaux sont souvent confondus — parfois volontairement, parfois par méconnaissance. Résultat : des acteurs qui pensaient participer à une concertation s'aperçoivent que la décision était déjà prise. La méfiance s'installe, et elle dure.

C8.2 demande de participer à un processus de concertation — pas simplement d'informer ou de consulter. Pour savoir ce qu'on fait et ce qu'on promet aux acteurs, il faut maîtriser ces trois niveaux avec précision.

📌 Point de départ — Ce que dit le référentiel M8

La concertation n'est pas l'information déguisée

Le référentiel M8 est explicite : "Aucune démarche de concertation ne peut s'improviser." Cela implique d'abord de savoir ce qu'est une concertation — et donc de distinguer ce qu'elle n'est pas : ni l'information unilatérale des acteurs, ni la simple collecte d'avis sans engagement sur leur prise en compte.

La concertation vise à renforcer l'identité de l'autre et susciter le désir plutôt qu'utiliser la contrainte. Cette formulation du référentiel résume toute la philosophie de la démarche : on cherche l'adhésion, pas la soumission.

Les 3 niveaux — clique sur chacun pour explorer

Niveau 1
Information
Flux descendant : de la structure vers les acteurs
Définition
Transmettre des données, des décisions ou des projets à des acteurs pour qu'ils en soient informés. Il n'y a pas de retour structuré attendu.
Engagement de la structure
Aucun engagement à modifier le projet en fonction des réactions. La décision peut déjà être prise ou en cours de prise.
Légitimité
Légitime quand la décision est prise et irréversible, ou quand la réglementation l'impose (affichage de permis, etc.).
Risque principal
Présenter une information comme une consultation ou une concertation. Les acteurs qui découvrent la tromperie perdent confiance durablement.
💡 Exemple : une réunion publique où la commune présente un projet de sentier déjà tracé et commandé. Les habitants peuvent poser des questions mais la décision est prise. C'est de l'information — pas de la concertation.
Niveau 2
Consultation
Flux bidirectionnel : recueil d'avis, décision par la structure
Définition
Solliciter l'avis d'acteurs sur un projet ou une décision avant qu'elle soit prise, avec la garantie que les avis seront lus et pris en compte — sans engagement sur leur intégration effective.
Engagement de la structure
S'engager à lire les avis et à justifier les choix retenus ou rejetés. La décision finale reste à la structure — mais elle est informée par les avis.
Légitimité
Légitime quand la décision doit être prise rapidement ou quand la responsabilité reste clairement à la structure. Obligatoire dans de nombreuses procédures réglementaires (enquête publique, commissaire enquêteur).
Risque principal
Mener une consultation sans jamais expliquer quels avis ont influencé la décision finale. Les acteurs ont l'impression d'avoir participé pour rien.
💡 Exemple : l'enquête publique réglementaire avant un projet IOTA. Les citoyens peuvent déposer des observations. Le commissaire enquêteur en fait la synthèse et émet un avis. La structure décisionnaire doit justifier sa position par rapport à cet avis — mais garde le dernier mot.
Niveau 3
Concertation
Flux multilatéral : co-construction d'une décision partagée
Définition
Processus par lequel des acteurs aux points de vue différents construisent ensemble une décision, un plan d'action ou une règle de gestion. La décision finale est co-produite — pas seulement validée.
Engagement de la structure
S'engager à ce que les décisions soient construites avec les acteurs, que leurs positions soient réellement intégrées, et que les accords soient contractualisés. C'est un engagement fort.
Légitimité
Indispensable quand les acteurs ont des droits ou des intérêts légitimes sur la décision, quand l'adhésion est nécessaire à la mise en œuvre, et quand les positions sont très divergentes.
Risque principal
Lancer une concertation sans être prêt à modifier substantiellement le projet. Les acteurs qui s'investissent et voient leur contribution ignorée deviennent des opposants actifs.
💡 Exemple : l'élaboration du plan de gestion d'une réserve naturelle en comité de pilotage. Chasseurs, agriculteurs, naturalistes et élus co-rédigent les mesures de gestion. Chaque groupe peut bloquer une mesure qui lèse ses intérêts — ce qui oblige à trouver des compromis réels.
Critère Information Consultation Concertation
Qui décide ? La structure seule La structure, informée par les avis Les acteurs ensemble
Quand ? Décision prise ou imminente Décision en cours — avis encore possibles Avant la décision — elle reste ouverte
Engagement Aucun (informer seulement) Lire et justifier l'intégration des avis Co-construire et contractualiser
Durée Ponctuelle Délimitée (durée d'enquête) Longue — plusieurs mois à années
Résultat attendu Acteurs informés Avis recueillis et synthétisés Accord partagé, contractualisé
Risque si confusion Promesse non tenue → perte de confiance Avis ignorés → sentiment d'inutilité Co-construction factice → opposition durable
Cas fil rouge C8.2 Tourbière du Lac Noir
Vosges · Réserve Naturelle Régionale · Conflit gestionnaires / chasseurs / forestiers

Le territoire : La tourbière du Lac Noir est une Réserve Naturelle Régionale de 85 ha dans le massif vosgien (Haut-Rhin). Elle accueille une flore remarquable (droséras, linaigrettes, sphaignes) et une avifaune patrimoniale (Bécasse des bois, Pic noir). Elle est gérée par le Syndicat de Gestion de la Tourbière (SGT), composé de la commune, du Conseil Régional et du Conservatoire des Espaces Naturels d'Alsace.

Le projet : Le SGT envisage d'étendre la réserve sur 30 ha de forêts adjacentes (propriété de l'ONF), de rouvrir deux zones de tourbière asséchées par drainage forestier, et de créer un sentier d'interprétation. Ce projet implique de restreindre la chasse sur les zones d'extension, ce qui crée un conflit avec la Société de Chasse locale (bail de chasse sur ces parcelles jusqu'en 2029) et les forestiers de l'ONF (coupe programmée sur une des zones concernées).

La question de C8.2 : Avant d'engager la démarche, le SGT doit décider quel niveau de dialogue il peut et veut engager avec les chasseurs et les forestiers : information, consultation ou concertation ? Ce choix conditionne tout le reste.

Exercice — Quel niveau de dialogue pour chaque situation ?

Situation 1
La Région Grand Est a décidé d'allouer 80 000 € au SGT pour les travaux de restauration. Le financement est acquis. Le SGT veut expliquer aux chasseurs et forestiers ce qui va être financé et sur quel calendrier.
Situation 2
Le SGT n'a pas encore décidé où passer le sentier d'interprétation. Deux tracés sont possibles : un qui traverse les zones de chasse, un qui les évite mais traverse une zone de nidification sensible. Le SGT demande aux chasseurs et naturalistes de se prononcer.
Situation 3
Le SGT veut définir les règles de gestion pour les 30 ha de forêts en extension. Cela implique des décisions sur la chasse, la coupe forestière et les travaux hydrauliques — qui affecteront durablement le bail de chasse (jusqu'en 2029) et le programme de coupes de l'ONF.
Les formes réglementaires du dialogue territorial en France

La participation du public est encadrée par des procédures réglementaires qui correspondent à différents niveaux de dialogue :

  • Enquête publique (code de l'environnement) — consultation obligatoire pour les grands projets. Commissaire enquêteur nommé, registre public, rapport et avis non contraignants.
  • Participation du public par voie électronique (PPVE) — consultation simplifiée pour les plans et programmes soumis à évaluation environnementale.
  • Débat public (CNDP) — pour les très grands projets d'infrastructure. Débat approfondi avant décision.
  • Concertation préalable — procédure volontaire ou obligatoire (loi El Khomri 2015, loi ELAN 2018) permettant d'associer le public en amont des projets.
  • Comité de pilotage N2000 — instance de concertation réglementaire pour les sites Natura 2000. Co-rédaction du DocOb avec les acteurs locaux.

Ces formes réglementaires définissent un cadre minimal — la concertation peut aller bien au-delà selon les choix de la structure porteuse.

Quand ne pas faire de concertation — les pièges à éviter

La concertation n'est pas toujours la bonne réponse. Dans certains cas, elle est contre-productive :

  • Quand la décision est déjà prise — faire semblant de concerter sur une décision irréversible crée plus de méfiance que d'informer franchement dès le départ.
  • Quand l'urgence ne le permet pas — en cas de crise écologique grave (espèce menacée immédiatement), des mesures conservatoires peuvent être prises sans concertation, à condition d'expliquer les raisons et d'ouvrir le dialogue dès que la situation le permet.
  • Quand les asymétries de pouvoir sont trop fortes — si un acteur dominant peut imposer ses préférences à tous les autres, la "concertation" ne fait que légitimer cette domination. Une médiation par un tiers externe est préférable.
  • Quand les acteurs ne le souhaitent pas — certains acteurs préfèrent la clarté d'une décision assumée à l'ambiguïté d'une co-construction. Il faut respecter ce choix.
L'échelle d'Arnstein — mesurer le niveau réel de participation

La politologue Sherry Arnstein (1969) a proposé une "échelle de la participation citoyenne" qui reste un référentiel utile pour évaluer le niveau réel d'implication des acteurs dans une démarche. Elle identifie 8 échelons :

  • 1–2 — Non-participation : manipulation, thérapie (les acteurs sont là pour être convaincus)
  • 3–4 — Participation symbolique : information, consultation (les acteurs sont consultés mais pas entendus)
  • 5 — Réassurance : les acteurs peuvent conseiller mais la décision reste à la structure
  • 6–7 — Pouvoir citoyen partiel : partenariat, délégation partielle de pouvoir
  • 8 — Contrôle citoyen : les acteurs ont le dernier mot

Pour le technicien GPN, cette échelle est un outil d'auto-évaluation : où se situe réellement la démarche proposée ? Être honnête sur ce point est une condition de la confiance des acteurs.

🧭

② Savoir-être

Tenir le niveau promis — la question de l'honnêteté

Le choix du niveau de dialogue est une décision stratégique — mais c'est aussi une question d'éthique professionnelle. Promettre une concertation et livrer une information, c'est une tromperie. Même bien intentionnée, elle laisse des traces durables dans les relations avec les acteurs et dans la crédibilité de la structure.

La posture professionnelle du technicien GPN, c'est d'être précis et honnête sur le niveau de dialogue réellement possible — même quand ce niveau est inférieur à ce que les acteurs aimeraient.

🎭 Mise en situation — Tourbière du Lac Noir

Scénario : une promesse implicite

Lors de la première réunion avec les chasseurs et l'ONF, le président du SGT annonce : "Nous voulons travailler avec vous sur l'extension de la réserve. Vos avis comptent. On va faire ça ensemble." Quatre mois plus tard, après plusieurs réunions, le SGT annonce les règles de gestion — en intégrant quelques remarques mineures des chasseurs mais en maintenant l'interdiction de chasse sur les nouvelles zones.

Le président de la Société de Chasse réagit violemment : "Vous nous avez menti. Vous parliez de faire ça ensemble — mais la décision était déjà prise. On a perdu quatre mois pour rien."

❓ Quel était le problème dès le départ ? Comment aurais-tu cadré ce premier échange différemment ?

Quelle réaction traduit la meilleure posture professionnelle ?

Formuler clairement le cadre dès le premier contact

Le premier échange avec les acteurs d'une démarche de dialogue territorial est crucial. C'est là que se construit — ou se détruit — la confiance. La formulation du cadre doit être précise sur 4 points :

  • Qui décide ? → "Le SGT reste décisionnaire, mais votre avis sera pleinement intégré."
  • Sur quoi ? → "Vous êtes consultés sur les règles de gestion, pas sur le principe de l'extension."
  • Comment vos contributions seront-elles utilisées ? → "Nous vous expliquerons ce que nous avons retenu et pourquoi."
  • Jusqu'où ? → "Si un accord n'est pas trouvé d'ici [date], nous prendrons une décision en tenant compte de l'ensemble des positions exprimées."

Cette clarté initiale peut sembler décevante — elle est en réalité protectrice. Elle évite les malentendus, les attentes déçues et les retournements de confiance.

🛠️

③ Savoir-faire

Choisir le bon niveau de dialogue pour une situation donnée

Le choix du niveau de dialogue n'est pas intuitif — il résulte d'une analyse rigoureuse de la situation. Quatre critères permettent de cadrer ce choix.

1

Analyser le degré d'ouverture réelle de la décision

La décision est-elle déjà prise ? Partiellement prise ? Totalement ouverte ? Plus la décision est avancée, moins la concertation est possible. Si le financement est acquis et conditionné à un projet précis, promettre une co-construction est une tromperie.

2

Évaluer les droits et intérêts légitimes des acteurs sur la décision

Les chasseurs de la Tourbière du Lac Noir ont un bail de chasse jusqu'en 2029 — ils ont un droit contractuel sur l'usage de ces parcelles. Ce droit légitime une concertation, pas une simple information. En revanche, des visiteurs occasionnels n'ont pas de droits formels sur la gestion de la réserve.

3

Estimer le besoin d'adhésion pour la mise en œuvre

Certaines décisions peuvent s'imposer sans adhésion (réglementation, arrêtés). D'autres ne fonctionnent que si les acteurs y adhèrent — un plan de gestion que personne ne respecte ne vaut rien. Plus la mise en œuvre dépend de la coopération volontaire des acteurs, plus la concertation est nécessaire.

4

Vérifier les contraintes de temps et les capacités de la structure

Une concertation réelle prend du temps, de l'énergie et des ressources humaines. Si la structure ne peut pas tenir l'engagement dans le temps, il vaut mieux annoncer une consultation bien menée qu'une concertation bâclée. Une consultation honnête est plus précieuse qu'une concertation de façade.

5

Formaliser le cadre choisi et le communiquer clairement aux acteurs

Une fois le niveau choisi, l'écrire noir sur blanc : dans l'invitation à la première réunion, dans le compte-rendu, dans la charte de concertation si elle existe. Cette formalisation protège à la fois les acteurs et la structure — elle empêche les glissements et les malentendus.

✏️ Exercice — Vrai ou faux

Ces affirmations sur les niveaux de dialogue sont-elles correctes ?

📋 Application — Tourbière du Lac Noir

Ce que le SGT devrait décider avant toute réunion

Pour chaque aspect du projet, le SGT doit définir son niveau de dialogue avant le premier contact avec les acteurs :

Extension des périmètres (décision du Conseil Régional) → Information — la décision de classement RNR relève de la Région, pas des chasseurs.

Règles de chasse dans les nouvelles zones (droits contractuels du bail jusqu'en 2029) → Concertation — les chasseurs ont des droits formels à faire valoir.

Tracé du sentier d'interprétation → Consultation — le SGT recueille les avis des différents usagers et décide en justifiant.

💡 Ce tableau de positionnement par aspect est un outil concret à produire pour la fiche C8.2 — il montre que le technicien GPN sait différencier les niveaux selon les situations.

📊

④ Évaluation

Je vérifie ma compréhension

bonnes réponses sur 4

Auto-évaluation — Niveaux de dialogue

CompétenceMon niveau
Je sais distinguer information, consultation et concertation et caractériser les engagements propres à chaque niveau
Je sais choisir le niveau de dialogue approprié selon le degré d'ouverture de la décision et les droits des acteurs
Je sais formuler clairement le cadre du dialogue dès la première réunion pour éviter les malentendus