Rappel du contexte : La Tourbière du Lac Noir est une RNR de 85 ha dans le massif vosgien. Le SGT souhaite étendre la réserve sur 30 ha de forêts adjacentes (propriété ONF), restaurer deux zones de tourbière asséchées par drainage forestier, et créer un sentier d'interprétation. Ce projet restreint la chasse (bail Société de Chasse jusqu'en 2029) et les coupes ONF programmées.
Ta mission : Conduire la démarche de concertation complète — de la définition du cadre à la contractualisation — en veillant à l'identification des points de vue, à la caractérisation des dynamiques territoriales, et à la proposition d'améliorations concrètes du dialogue.
- Extension des périmètres RNR → Information : décision de classement relevant du Conseil Régional, non négociable avec les acteurs locaux. Les informer honnêtement avant de commencer est la seule posture tenable.
- Règles de gestion sur les 30 ha d'extension (chasse, coupes forestières, restauration hydraulique) → Concertation : droits contractuels des chasseurs (bail 2029) et droits de gestion de l'ONF imposent une co-construction. Sans accord négocié, toute règle sera contestée.
- Tracé du sentier d'interprétation → Consultation : le SGT recueille les avis des usagers et des propriétaires concernés, puis décide en justifiant son choix. Aucun acteur n'a de droit contractuel sur le tracé.
Ce tableau de positionnement doit être présenté et accepté par toutes les parties avant la première réunion. Il prévient les malentendus sur ce qui est négociable et ce qui ne l'est pas.
Le président du SGT te reçoit pour définir les modalités de la démarche. Il te dit : "J'ai discuté avec le maire. On a 8 mois avant que la Région rende sa décision sur l'extension. Je voudrais lancer la concertation dès la semaine prochaine avec une grande réunion publique réunissant tous les acteurs. Ca montrera qu'on est transparent. Ensuite, si les chasseurs ne veulent toujours pas, on passe en force avec l'appui de la DREAL."
Tu identifies plusieurs problèmes dans cette approche : lancement sans préparation, confusion entre réunion d'information et concertation, et menace de passage en force qui compromettrait toute la démarche.
- Erreur 1 — Lancement sans préparation : Organiser une grande réunion publique sans entretiens bilatéraux préalables est contre-productif. Les acteurs ne se connaissent pas dans ce cadre, les positions ne sont pas encore cartographiées, et le diagnostic partagé n'est pas validé. Alternative : conduire d'abord les entretiens bilatéraux avec chaque acteur clé (4 à 6 semaines), valider le diagnostic partagé, puis organiser la première réunion plénière.
- Erreur 2 — Grande réunion publique comme premier contact : Une réunion publique de type "restitution" en phase de lancement envoie un signal contradictoire : on annonce une concertation mais on organise d'emblée une réunion d'information. Alternative : première réunion restreinte avec le noyau de négociation (SGT + Société de Chasse + ONF + commune), puis réunion publique plus tard une fois les bases du dialogue posées.
- Erreur 3 — Menace de passage en force : Annoncer qu'on passera en force si les chasseurs refusent détruit la légitimité de toute la démarche de concertation. Si les acteurs savent que leur opposition ne compte pas, ils n'ont aucune raison de s'engager sérieusement. Alternative : être clair sur ce qui est non-négociable (l'extension) et ce qui l'est (les règles de gestion), sans jamais menacer — mais expliquer les conséquences réglementaires d'un échec de concertation (procédure DREAL plus contraignante).
Charte de concertation — Tourbière du Lac Noir (projet)
Niveau de dialogue : La décision d'extension de la RNR relève du Conseil Régional (information). Les règles de gestion des 30 ha font l'objet d'une concertation — les décisions seront co-construites avec tous les signataires de la présente charte.
Qui décide de quoi : Le SGT reste décisionnaire en dernier ressort en cas de désaccord persistant après 8 mois de travail collectif — mais s'engage à justifier par écrit les choix qui s'écarteraient des positions exprimées. Les élus valident chaque étape.
Règles du jeu : Chaque acteur s'engage à participer de bonne foi aux réunions, à respecter les positions des autres sans les caricaturer, à ne pas rendre publics les échanges des groupes de travail sans accord collectif. Les comptes-rendus de séance sont envoyés dans les 48h et validés sous 7 jours.
Clause de sortie : Tout signataire peut se retirer avec un préavis de 30 jours par courrier. En cas de retrait de la Société de Chasse, le SGT peut poursuivre la démarche mais ne peut signer d'accord sur les règles de gestion sans leur participation formelle.
Président Société de Chasse : "Ce qui m'énerve, c'est qu'on nous présente ça comme une concertation, mais la décision est déjà prise. La Région va valider l'extension de toute façon. Nous, on est juste là pour donner une apparence de légitimité. Cela dit, si vraiment on peut avoir notre mot à dire sur les zones de chasse, on est prêts à discuter. On n'est pas contre la biodiversité — on est les premiers à observer les espèces."
Responsable ONF : "Notre problème, c'est simple : on a des coupes programmées et des contrats avec des scieries. Si on nous demande d'arrêter, il faut qu'on soit compensés. Et on veut être associés aux décisions de gestion forestière — pas juste informés. On sait gérer la biodiversité forestière aussi bien que n'importe quel conservatoire."
Présidente association naturaliste : "Il y a urgence. Chaque année sans action, c'est 0,5 ha de tourbière perdu. Je veux bien une concertation, mais pas pendant des années. Et les chasseurs doivent comprendre que certaines zones ne sont pas négociables — les zones de nidification de la Bécasse notamment."
Maire : "Je soutiens le projet. Mais je ne veux pas que la commune soit montrée du doigt comme celle qui a forcé les chasseurs à partir. Ces familles votent, et mes administrés me regardent. Si on trouve un accord qui respecte tout le monde, je signe. Sinon, je vais devoir me montrer plus prudent."
Société de Chasse : Position = opposition au projet. Intérêt réel = maintien du bail ET reconnaissance de leur expertise faune. Crainte cachée = être perçus comme des ennemis de la biodiversité, perdre leur légitimité territoriale.
ONF : Position = accord conditionnel (compensation + co-décision). Intérêt réel = ne pas être présentés comme des destructeurs. Crainte = être subordonnés aux décisions du SGT sur leurs propres parcelles.
Association naturaliste : Position = urgence d'agir, zones non négociables. Intérêt réel = résultats ecologiques mesurables. Crainte = que la concertation serve de prétexte à l'inaction.
Maire : Position = soutien prudent. Intérêt réel = accord collectif qui préserve la cohésion sociale locale. Crainte = être accusé d'avoir choisi les naturalistes contre les chasseurs.
2 convergences : (1) Tous reconnaissent la valeur de la tourbière — même les chasseurs se présentent comme observateurs de la biodiversité. (2) Tous veulent être reconnus comme acteurs légitimes — chasseurs, ONF et association partagent ce besoin de reconnaissance.
Tension structurelle : Urgence écologique (association) vs temps nécessaire à la construction d'un accord solide (chasseurs, ONF). Cette tension sur le calendrier est le principal risque de rupture du processus.
Cette phrase révèle un levier de dialogue décisif : les chasseurs ont une identité d'observateurs de la nature qui peut être mobilisée de façon constructive. Stratégie en 3 temps :
- Reconnaître publiquement leur expertise faune lors de la première réunion plénière — les citer comme observateurs précieux du site. Ce geste de reconnaissance coûte peu et change le positionnement des chasseurs dans la salle.
- Leur proposer un rôle formel dans le dispositif de suivi écologique : un représentant de la Société de Chasse au comité de suivi annuel, avec un mandat de signalement des observations faune. Ils passent de menace au projet à acteurs de sa mise en oeuvre.
- Utiliser leurs données de terrain dans le diagnostic partagé : si les chasseurs ont des carnets d'observation, les intégrer au diagnostic écologique. Cela valide leur expertise et leur donne un rôle concret dans la démarche.
Cette stratégie transforme une opposition basée sur l'identité en opportunité de co-construction. C'est l'application concrète du principe du référentiel M8 : "renforcer l'identité de l'autre et susciter le désir plutôt qu'utiliser la contrainte."
- Que fais-tu dans les 30 secondes qui suivent cet échange ?
- Quel outil participatif utilises-tu pour la suite de la réunion ?
- Comment t'assures-tu que l'ONF peut s'exprimer avant la fin ?
- Que mets-tu dans le compte-rendu sur cet échange ?
Dans les 30 secondes : Intervenir calmement mais fermement, en se levant si nécessaire : "Je vais vous demander de faire une pause. [Silence 3 secondes.] Ce qui vient de se passer montre à quel point ce sujet touche à des choses importantes pour chacun. C'est précisément pourquoi nous sommes là. Je propose qu'on change de format pour la suite."
Outil participatif : Passer en sous-groupes bilatéraux — un groupe Société de Chasse + ONF, un groupe Association + SGT, pendant 15 minutes. Question commune : "Sur la question des zones de nidification, qu'est-ce qui serait acceptable pour vous ?" Retour en plénière avec les résumés. Ce changement de format brise la dynamique d'affrontement.
Pour que l'ONF s'exprime : En lançant les sous-groupes, intégrer l'ONF dans le groupe avec la Société de Chasse — ils partagent une situation similaire (droits remis en cause). Après le retour en plénière, adresser explicitement une question à l'ONF : "Je voulais m'assurer qu'on entend aussi la position de l'ONF sur ce point avant de conclure."
Dans le compte-rendu : Formuler de façon symétrique et neutre : "Mme X (association) a exprimé la nécessité de sanctuariser les zones de nidification de la Bécasse des bois, au regard des données de suivi écologique du site. M. Y (Société de Chasse) a rappelé que le cadre de la concertation implique une co-construction des règles, non une imposition unilatérale. Ces deux positions restent en discussion. Un travail en sous-groupes a permis d'identifier un terrain d'exploration possible : une zonation temporelle (périodes de non-chasse) combinée à une zonation spatiale partielle."
Outil choisi : Phillips 6x6 suivi d'un vote par point.
Justification : Le Phillips 6x6 est l'outil adapté pour générer des propositions dans un groupe de 12-15 personnes sur un sujet précis. Sa force principale ici : en constituant des groupes mixtes (un chasseur + un représentant ONF + un naturaliste + un élu dans chaque groupe), on force des gens aux positions opposées à travailler ensemble. Les propositions qui émergent de ces groupes mixtes sont souvent des compromis inattendus que personne n'aurait formulé seul.
Adaptation au contexte : Question posée à tous les groupes : "Quelles règles sur la chasse et la gestion forestière dans les 30 ha seraient à la fois protectrices pour la tourbière et acceptables pour votre activité ?" (15 min par groupe). Restitution en plénière (2 min par rapporteur). Puis vote par point pour prioriser les 5 à 6 règles les plus soutenues. Les résultats du vote deviennent la base du projet d'accord.
- Identifie au moins 4 problèmes dans cette convention.
- Que manque-t-il parmi les 8 clauses indispensables ?
- Reformule l'article 3 pour qu'il soit opérationnel et vérifiable.
4 problèmes majeurs :
- Objet trop vague : "Amélioration de la gestion" est invérifiable. Un objet doit être précis, délimité géographiquement et thématiquement.
- Parties incomplètes : L'ONF est absent alors qu'il est propriétaire des 30 ha concernés. La commune n'est pas signataire. Aucune vérification de mandat.
- Engagements vides : "Respecter la réglementation en vigueur" est une obligation légale déjà existante — pas un engagement supplémentaire. "Gérer correctement" est invérifiable.
- Durée indéterminée : Incompatible avec le bail de chasse (2029). Crée une insécurité juridique pour toutes les parties.
Clauses manquantes : Indicateurs de suivi (clause 5), Instance de suivi et de médiation (clause 6), Sanctions précises (clause 7), Clause de sortie (clause 8). La clause de sanctions se contente de "se réunir pour en discuter" — ce qui n'est pas une sanction.
Reformulation de l'article 3 : "La Société de Chasse s'engage à : (1) ne pas chasser dans la zone A (parcelles cadastrales [références], carte annexée) entre le 1er mars et le 31 juillet de chaque année de validité de la convention ; (2) désigner un représentant au comité de suivi annuel et y participer ; (3) signaler au SGT dans les 15 jours tout constat de braconnage ou d'infraction sur les zones concernées. Le SGT s'engage à : (1) produire un rapport annuel de suivi écologique avant le 31 mars et le transmettre à tous les signataires ; (2) organiser une réunion du comité de suivi avant le 30 avril de chaque année ; (3) informer la Société de Chasse de tout projet de travaux sur les zones adjacentes aux zones de chasse au moins 60 jours avant le début des travaux."
Indicateur de moyens : Taux de participation de la Société de Chasse aux réunions du comité de suivi annuel. Méthode : liste de présence signée à chaque réunion. Fréquence : annuelle. Valeur cible : 100% de participation (au moins 1 représentant mandaté présent à chaque réunion).
Indicateur de résultats : Nombre de constats d'infraction à la convention (chasse en zone A pendant la période interdite). Méthode : registre des constats établis par les gardes du SGT et signalements des chasseurs eux-mêmes. Fréquence : bilan annuel avant le comité de suivi. Valeur cible : 0 infraction par saison.
Indicateur d'impact : Evolution de la surface de tourbière active (ha). Méthode : cartographie annuelle par télédétection (images satellites) + validation terrain. Fréquence : mesure annuelle, tendance évaluée sur 3 ans. Valeur cible : stabilisation à 85 ha à N+3, objectif 90 ha à N+7.
Quiz final sur la concertation complète, puis grille d'auto-évaluation sur les 3 critères de C8.2.
bonnes réponses sur 5
Grille complète C8.2 — positionnement final (/20 pts)
| Indicateur du jury E8 | Max | Mon niveau |
|---|---|---|
| Critère 1 — Identification et confrontation des points de vue /6 | ||
| Identification des points de vue des acteurs (position + valeurs + intérêts + craintes) | /3 | |
| Mise en confrontation des points de vue (convergences, divergences, points évolutifs) | /3 | |
| Critère 2 — Prise en compte des dynamiques territoriales /6 | ||
| Caractérisation des dynamiques internes et externes qui conditionnent le dialogue | /3 | |
| Identification des tensions structurelles et de leurs implications pour la concertation | /3 | |
| Critère 3 — Proposition d'amélioration du dialogue territorial /8 | ||
| Pertinence et qualité du cadre de concertation proposé (portage, élus, charte, calendrier) | /2 | |
| Pertinence des outils d'animation choisis et de la posture de l'animateur | /2 | |
| Qualité des accords proposés (précision, indicateurs, clause de sortie, sanctions) | /2 | |
| Pertinence du dispositif d'évaluation (indicateurs de moyens, résultats, impact) | /2 | |
Tu as parcouru 6 leçons sur la Tourbière du Lac Noir. Voici les compétences acquises pour l'épreuve E8.