Progression
0 %

Bloc B8 — C8.3 › Module C8.3 · Leçon 3.3

📘 Leçon 3.3 · Module C8.3

Identifier les points de diagnostic partagé en situation de conflit

En situation de conflit, les acteurs ne débattent pas seulement sur les solutions — ils se disputent souvent les faits eux-mêmes. Le diagnostic partagé est l'art de séparer ce qui est objectivement établi de ce qui est interprété ou contesté, pour trouver les points d'accord qui permettront de construire un dialogue.

⏱ 35 minDurée estimée
C8.3 — critère 2Diagnostic partagé /6
4 tempsSavoir · Être · Faire · Évaluation
① Savoir ② Savoir-être ③ Savoir-faire ④ Évaluation
📘

① Savoir

Convergences, divergences, blocages — la triple cartographie du diagnostic

Le critère 2 de C8.3 évalue la "mise en évidence des points de convergence, de divergence, de blocage". Cette formulation très précise de la grille jury signifie que le diagnostic partagé ne se contente pas de lister les positions des acteurs — il les structure en trois catégories distinctes qui correspondent à trois types de leviers d'action différents.

En situation de conflit, la tentation est de se focaliser sur les divergences — ce qui oppose les acteurs. Mais la stratégie de sortie du conflit commence toujours par les convergences — ce qui les unit malgré tout. Le technicien GPN doit apprendre à chercher activement les convergences cachées sous des positions apparemment opposées.

📌 Les 3 catégories du diagnostic partagé

Convergences, divergences, blocages — trois dynamiques différentes

Convergences : Points sur lesquels les acteurs s'accordent, même s'ils ne le formulent pas de la même façon. Les convergences peuvent porter sur les faits (diagnostic écologique), les valeurs (tous attachés au territoire), ou les objectifs généraux (tous veulent une solution durable). Ce sont les fondations du dialogue.

Divergences : Points de désaccord réels sur les faits, les interprétations, les valeurs ou les solutions. Les divergences ne sont pas des blocages — elles sont le matériau normal du dialogue. On peut diverger et continuer à discuter. Ce qui compte c'est de les cartographier précisément.

Blocages : Points de désaccord qui paralysent le processus — l'un ou l'autre acteur refuse de continuer si ce point n'est pas résolu d'abord. Les blocages peuvent être techniques (un fait contesté), politiques (une décision non encore prise) ou identitaires (une reconnaissance non encore accordée). Identifier un blocage, c'est identifier la condition nécessaire à la reprise du dialogue.

Grille diagnostic partagé — Tourbière du Lac Noir
Convergences · Divergences · Blocages par sujet
Convergences — accords possibles
Divergences / Blocages — points à travailler
Valeur écologique de la tourbière
Tous les acteurs reconnaissent la valeur patrimoniale du site — y compris les chasseurs qui le fréquentent depuis des générations. Convergence forte
Divergence sur l'urgence d'agir : naturalistes voient une urgence absolue ; chasseurs et ONF estiment qu'un calendrier moins contraignant est possible. Divergence
Drainage forestier et hydrologie
Tous s'accordent sur le fait que le drainage a dégradé les zones humides. Les données cartographiques sont acceptées par tous. Convergence factuelle
Divergence sur les responsabilités : l'ONF conteste d'être présenté comme le seul responsable de la dégradation. Divergence + risque de blocage
Extension des périmètres RNR
Tous acceptent le principe d'une meilleure protection — c'est la forme qui pose problème, pas l'objectif général. Convergence partielle
Blocage sur la zone A (interdiction de chasse) : la Société de Chasse refuse toute interdiction permanente. Sans avancée sur ce point, elle menace de quitter la démarche. Blocage actif
Gestion forestière en lisière
ONF et SGT s'accordent sur le principe d'une gestion différenciée en lisière (pas de coupe à blanc). Convergence technique
Divergence sur qui décide des modalités : l'ONF refuse toute subordination au plan de gestion du SGT sur ses propres parcelles. Divergence institutionnelle
Expertise terrain
Tous reconnaissent la valeur des observations de terrain des chasseurs — connaissance faune et habitats depuis des générations. Convergence inattendue
Divergence sur la légitimité scientifique de ces observations : l'association naturaliste remet en cause leur protocole. Divergence méthodologique

Distinguer les faits des interprétations — compétence clé du diagnostic partagé

En situation de conflit, les acteurs mêlent souvent faits vérifiables et interprétations contestables. Le technicien GPN doit savoir distinguer les deux — car on ne discute pas des faits, on les vérifie ; on discute des interprétations. Cliquer sur chaque énoncé pour analyser.

"La surface de tourbière active a diminué de 40% depuis 1980 selon les données de la DREAL."
FAIT
Fait vérifiable : Donnée chiffrée issue d'une source institutionnelle reconnue (DREAL), basée sur une méthodologie documentée. Ce fait peut être contesté sur sa méthode de mesure, mais pas sur son existence en tant que donnée officielle. Stratégie : présenter la source, proposer une vérification conjointe si contesté.
"Les chasseurs sont responsables de la dégradation de la tourbière."
INTERPRÉTATION
Interprétation contestable : C'est un jugement de causalité et de responsabilité — pas un fait vérifiable en tant que tel. La dégradation est un fait (voir ci-dessus), mais attribuer la responsabilité aux chasseurs est une interprétation qui peut être contestée (drainage forestier, fréquentation touristique, changement climatique jouent aussi un rôle). Stratégie : séparer le constat (fait) de l'attribution (interprétation), ne pas utiliser ce type de formulation dans un diagnostic partagé.
"Le Brochet a disparu des bras morts depuis la construction du seuil en 1962."
AMBIGU
Énoncé mixte : Deux éléments : (1) "Le Brochet a disparu des bras morts" — fait potentiellement vérifiable si des données historiques existent. (2) "depuis la construction du seuil" — lien de causalité entre disparition et seuil, qui est une interprétation nécessitant une démonstration scientifique. Stratégie : séparer les deux : "Les données disponibles indiquent une absence de Brochet dans les bras morts depuis les années 1960 (fait). Le lien avec le seuil est probable mais nécessiterait une étude de continuité écologique pour être démontré (interprétation)."
"L'ONF pratique une gestion forestière dévastatrice pour la biodiversité."
INTERPRÉTATION
Interprétation fortement connotée : "Dévastatrice" est un jugement de valeur, pas une description factuelle. La formulation est susceptible de provoquer une réaction défensive de l'ONF qui rendra tout dialogue impossible. Stratégie : reformuler en termes factuels et vérifiables : "Les coupes réalisées entre [dates] sur les parcelles [références] ont modifié les conditions de lumière en lisière de tourbière, ce qui peut affecter les espèces de lisière selon les données disponibles."
"La tourbière du Lac Noir abrite 14 espèces de plantes protégées au niveau national."
FAIT
Fait vérifiable : Données d'inventaire floristique documentées, espèces identifiées selon la liste des espèces protégées. Ce type de fait est fondamental pour le diagnostic partagé — il fonde la légitimité de la protection sans attribuer de responsabilité à qui que ce soit. Stratégie : utiliser systématiquement ce type de fait comme base du diagnostic partagé, avant d'ouvrir les sujets conflictuels.
La gestion des faits contestés — que faire quand un acteur nie les données

Il arrive qu'un acteur conteste les données factuelles du diagnostic — pas les interprétations, mais les faits eux-mêmes. Cette situation est délicate car elle paralyse le dialogue à sa base.

Stratégies possibles :

  • Proposer une vérification conjointe : "Vous contestez ces données. Je propose qu'on mandate un expert commun pour vérifier la méthode et les résultats. Les deux parties s'engagent à accepter les conclusions de cet expert." Cette proposition est souvent dissuasive si la contestation est de mauvaise foi — et légitime si elle est sincère.
  • Séparer le fait de l'interprétation : parfois l'acteur ne conteste pas le fait mais l'interprétation qu'on en fait. Clarifier ce qui est contesté — souvent le dialogue reprend.
  • Ne pas s'arc-bouter sur les données contestées : si un fait est contesté et qu'il n'est pas central, l'écarter provisoirement et continuer sur les points d'accord. Y revenir après la vérification conjointe.
  • Identifier l'intérêt derrière la contestation : pourquoi cet acteur conteste-t-il ce fait précis ? Souvent, la contestation factuelle cache un intérêt ou une crainte qu'il faut identifier et traiter séparément.
Identifier un blocage — comment le distinguer d'une divergence ordinaire

Tous les désaccords ne sont pas des blocages. Un blocage se reconnaît à ces signaux :

  • L'acteur conditionne sa participation : "Je ne reviendrai à la table que si ce point est résolu d'abord."
  • L'acteur annonce une action unilatérale : recours judiciaire, action de terrain, départ de la concertation.
  • Le point touche à l'identité ou aux droits fondamentaux de l'acteur : pas à ses préférences ou ses intérêts marginaux.
  • Répétition systématique : le point revient à chaque réunion, bloquant l'avancée sur tous les autres sujets.

Face à un blocage identifié : ne pas tenter de le résoudre frontalement en réunion plénière. Le traiter en bilatéral, comprendre l'intérêt ou la crainte sous-jacente, et proposer une réponse spécifique avant de revenir en groupe.

🧭

② Savoir-être

Présenter le diagnostic sans qu'il soit perçu comme une accusation

Un diagnostic partagé peut très vite être perçu comme un réquisitoire si le technicien GPN ne fait pas attention à la façon dont il le présente. Les faits écologiques — perte de biodiversité, dégradation des habitats, extinction d'espèces — peuvent être interprétés par les acteurs en conflit comme des accusations implicites. La posture du technicien dans la présentation du diagnostic conditionne toute la suite.

🎭 Mise en situation

Scénario : le diagnostic comme accusation implicite

Lors d'une réunion de présentation du diagnostic écologique, tu présentes les données sur la dégradation de la tourbière. Une slide montre une carte avec les zones drainées en rouge — une grande majorité des zones rouges coïncide avec les parcelles ONF. Le responsable de l'agence ONF se lève : "Ces cartes sont faites pour nous faire passer pour des destructeurs. Je refuse qu'on continue sur cette base. Retirez cette slide ou je quitte la réunion."

❓ Comment réagis-tu ? Et comment aurais-tu pu éviter cette situation en préparant différemment le diagnostic ?
Comment presenter les donnees sans provoquer de reaction defensive

La presentation du diagnostic en situation de conflit necessite une preparation specifique :

  • Presenter les donnees chronologiquement — l'historique avant l'etat actuel. "Voici comment la tourbiere a evolue depuis 1960 — avant d'arriver a l'etat actuel." Cette formulation temporelle evite d'impliquer directement les acteurs presentes.
  • Separer systematiquement les faits des causes — ne jamais mettre sur le meme slide un fait et une attribution de causalite. "Voici les zones drainées (fait). Les causes de ce drainage sont multiples et historiques — nous les examinerons ensuite."
  • Faire valider le diagnostic en amont — partager le projet de diagnostic avec chaque acteur avant la reunion pour qu'il puisse reagir en bilatéral, pas en public. Les ajustements se font avant, les confrontations sont evitees.
  • Utiliser la premiere personne du pluriel — "Ce que nous observons ensemble" plutot que "Ce que les donnees montrent sur vos pratiques". Le diagnostic est un outil collectif, pas un rapport d'expertise externe.
🛠️

③ Savoir-faire

Construire et presenter un diagnostic partagé en situation conflictuelle

1

Collecter les donnees factuelles de toutes les sources — y compris les sources des acteurs opposants

Ne pas se limiter aux donnees de sa structure. Solliciter les donnees de terrain des chasseurs, les plans de gestion de l'ONF, les etudes de l'association naturaliste. Un diagnostic partagé credible integre les donnees de tous les acteurs — sinon il n'est partagé que de nom. Les acteurs qui voient leurs donnees integrees deviennent co-auteurs du diagnostic plutot qu'opposants.

2

Classer chaque element en fait, interpretation ou valeur

Pour chaque element du diagnostic : s'agit-il d'un fait verifiable par une source documentee ? D'une interpretation d'une donnee ? D'un jugement de valeur ? Cette classification determine le traitement : les faits s'acceptent ou se verifient, les interpretations se discutent, les valeurs s'expriment sans pretendre etre des faits.

3

Construire la grille convergences / divergences / blocages

Pour chaque sujet du conflit : identifier les points d'accord (convergences, y compris implicites), les points de desaccord negotiables (divergences), et les conditions non-negociables d'un acteur (blocages). Cette grille est le coeur du diagnostic partage en situation de conflit — elle structure toute la strategie de communication a venir.

4

Faire valider le diagnostic en bilatéral avant la réunion plenière

Envoyer le projet de diagnostic a chaque acteur avec une invitation a reagir en bilatéral. Integrer leurs corrections factuelles (pas leurs positions). Cette etape évite les explosions en seance et transforme des potentiels opposants en co-validateurs du diagnostic. Elle prend du temps — mais elle en économise beaucoup en réunion.

5

Presenter le diagnostic en commencant par les convergences

Lors de la réunion plénière : toujours commencer par les points d'accord. "Avant d'aborder ce qui nous divise, je voudrais noter ce sur quoi nous nous accordons tous." Cette sequence pose un cadre positif avant les points difficiles. Elle rappelle aux acteurs qu'ils ont un terrain commun meme quand le conflit semble total.

✏️ Exercice — Classer les elements du diagnostic

Ces elements du diagnostic sur la Tourbiere du Lac Noir — convergences, divergences ou blocages ?

📋 Ce que le jury évalue — Critere 2 de C8.3 (/6 pts)

Mise en evidence des convergences, divergences, blocages

Le critere 2 evalue la capacite a produire un diagnostic partagé structuré — pas juste une liste de positions. Le jury attend une analyse qui distingue clairement les trois categories et qui montre comment elles orientent la strategie de communication.

💡 Dans la fiche C8.3, presenter le diagnostic partagé sous forme de tableau a 3 colonnes (convergences / divergences / blocages) par sujet. Ce format montre immediatement au jury que la structure du diagnostic est maitrisee. Etre precis sur la nature des blocages : qui pose le blocage, sur quel sujet, et quelle est sa condition de deblocage.

📊

④ Évaluation

Je me situe par rapport au critere 2 de C8.3

bonnes reponses sur 4

Auto-évaluation — Diagnostic partage

Indicateur du jury E8 — Critere 2Mon niveau
Je sais distinguer convergences, divergences et blocages et les cartographier par sujet
Je sais distinguer les faits verifiables des interpretations et des valeurs dans un conflit
Je sais presenter un diagnostic partagé sans que les données factuelles soient perçues comme des accusations