MODULE TRANSVERSAL · SERVICES ÉCOSYSTÉMIQUES · Bloc 4 / Chapitre 4.1
Leçon 4.1.1 — Milieu forestier

Les services écosystémiques rendus par la forêt de tête de bassin

Territoire fil rouge : bassin versant de la Vionne. Ce premier arrêt se situe à l'amont — la forêt domaniale de Vionne-Haute, 900 hectares en tête de bassin, point de départ de toute la chaîne de services que nous suivrons jusqu'à la mer.

4.2 agricole 4.3 urbain 4.4 zone humide 4.5 littoral VOUS ÊTES ICI Forêt de Vionne-Haute
AMONT — source, 340 mAVAL — baie de Vionne, niveau 0
Objectifs de la leçon
  • Mobiliser la typologie CICES (approvisionnement, régulation & maintenance, culturels) sur un cas forestier chiffré.
  • Distinguer stock et flux dans la comptabilisation du service de régulation climatique.
  • Identifier la tension structurelle entre production ligneuse et biodiversité, et la relier au référentiel de certification PEFC.
  • Construire un argumentaire d'arbitrage territorial mobilisable à l'oral E7/E8.
Fiche de site

Forêt domaniale de Vionne-Haute

Surface totale
900 ha
Altitude
180 – 340 m
Composition
Hêtraie-chênaie (600 ha) · Douglasaie de production (300 ha)
Âge des peuplements
Feuillus ≈ 85 ans (futaie régulière) · Douglas 35–60 ans
Îlots de sénescence
12 îlots classés, 45 ha au total
Certification
PEFC (schéma français en vigueur)
Position hydrographique
Tête du bassin versant de la Vionne
Fréquentation estimée
≈ 45 000 visites/an
Approvisionnement

Ce que la forêt fournit directement

Sur les 600 ha de futaie feuillue exploitée, la récolte annuelle moyenne s'établit à 4,5 m³/ha/an, soit environ 2 700 m³/an, répartis entre sciage (hêtre, chêne) et bois-énergie issu des houppiers et taillis. La douglasaie, plus jeune, n'est pas encore entrée en phase de récolte principale — elle ne fait l'objet que d'éclaircies de régulation.

Futaie de hêtres en forêt tempérée
Futaie de hêtres (Fagus sylvatica), physionomie comparable au secteur feuillu de Vionne-Haute. Source : Wikimedia Commons, licence CC.

À cela s'ajoutent des produits non ligneux moins visibles dans les statistiques mais réels sur le plan des usages : cueillette de champignons en zone réglementée, plan de chasse chevreuil/sanglier, et historiquement un prélèvement de litière forestière par les éleveurs du Pays de Vionne — un exemple concret du lien entre le milieu forestier amont et l'activité agricole que nous étudierons au chapitre 4.2.

Peuplement de Douglas en forêt de production
Peuplement de Douglas (Pseudotsuga menziesii), essence de reboisement dominante du secteur résineux de Vionne-Haute. Source : Wikimedia Commons, licence CC.
Régulation & maintenance

Le compartiment le plus dense en enjeux

Stock et flux de carbone — une distinction à ne pas confondre

Selon les données nationales de l'IGN, la biomasse forestière française stocke en moyenne 75 à 78 tC/ha, et les sols forestiers (0–30 cm) une quantité sensiblement équivalente. Pour un massif mixte feuillu-résineux d'âge moyen comme Vionne-Haute, on retient une hypothèse de travail d'environ 150 tC/ha cumulées (biomasse + sol), soit un stock total de l'ordre de 135 000 tC sur l'ensemble du massif — l'équivalent d'environ 495 000 t CO₂.

Ce stock ne doit pas être confondu avec le flux annuel de séquestration : la croissance biologique nette du massif ajoute chaque année environ 1,8 tC/ha/an sur les surfaces non récoltées récemment, soit environ 1 540 tC/an supplémentaires — près de 5 650 t CO₂/an séquestrées.

135 000 tC STOCK TOTAL (biomasse + sol, cumulé) 1 540 tC/an FLUX ANNUEL (accroissement net, hors récolte) échelle non proportionnelle, flux volontairement grossi pour lisibilité
Le stock est environ 90 fois supérieur au flux annuel : la forêt ajoute chaque année une fraction modeste à une réserve accumulée sur des décennies. Une récolte ponctuelle prélève sur le flux (et parfois sur une part du stock), elle ne « vide » jamais le réservoir sous-jacent.

Point de vigilance pédagogique : le bois récolté n'est pas assimilable à du carbone perdu pour l'atmosphère. Une partie reste stockée, à plus ou moins long terme, dans les produits bois (charpente, ameublement), et l'usage du bois en substitution d'autres matériaux plus émissifs (béton, acier) ou en substitution énergétique génère un effet évité complémentaire, distinct du stockage proprement dit.

Régulation du régime hydrique et protection contre l'érosion

Le couvert forestier intercepte une fraction des précipitations — généralement estimée entre 15 et 25 % selon la densité du houppier et la saison — et ralentit le ruissellement de surface, favorisant une recharge différée des nappes qui alimentent en aval les cours d'eau du Pays de Vionne. Sur les secteurs à forte pente du massif (environ 180 ha à plus de 15 % de pente), le système racinaire joue un rôle de stabilisation du sol qui limite le transport de sédiments vers l'aval — un service directement mobilisable lorsque nous traiterons, au chapitre 4.6, les interactions amont-aval du bassin versant.

Bois mort au sol en forêt
Bois mort au sol : support d'habitats et de cycles de décomposition qui contribuent à la régulation biologique et à la fertilité du sol. Source : Wikimedia Commons, licence CC.
Culturels

Ce que la forêt représente pour ses usagers

Avec environ 45 000 visites annuelles, Vionne-Haute est identifiée dans les documents d'urbanisme du Pays de Vionne comme un élément structurant du paysage de bassin versant. La randonnée, le VTT et la chasse constituent les usages récréatifs dominants ; s'y ajoute une valeur patrimoniale plus diffuse, liée à l'ancienneté du massif et à la présence de secteurs en libre évolution (îlots de sénescence), de plus en plus valorisés dans le débat public autour de la notion de naturalité.

Tension caractéristique

Bois mort et certification PEFC : un arbitrage chiffrable

Le massif est certifié PEFC. Le schéma français de certification forestière impose, sur chaque hectare, la conservation d'au moins un arbre mort ou sénescent, un arbre à cavités visibles (vieux ou très gros), ainsi que du bois mort au sol de toutes dimensions et de toutes essences. Le référentiel entré en application en 2026 renforce encore ces exigences de rétention.

Chaque mètre cube de bois mort maintenu au titre de ce référentiel est un mètre cube non valorisé économiquement à court terme. C'est aussi un habitat pour la biodiversité saproxylique et un stock de carbone qui continue de se décomposer lentement plutôt que d'être immédiatement exporté vers la filière. L'arbitrage n'est donc pas seulement écologique : il est aussi économique, et directement lisible dans le cahier des charges de gestion.

Activité — scénario de transfert

Arbitrage sylvicole à 20 ans

Le gestionnaire de la forêt de Vionne-Haute doit arbitrer entre deux scénarios pour les 200 ha de douglasaie qui arriveront à maturité dans les prochaines années.

« Scénario A : coupe rase suivie de régénération artificielle — rendement économique maximal, carbone rapidement exporté vers la filière. Scénario B : conversion progressive en futaie irrégulière proche de la nature — rendement différé, stock de carbone et régulation hydrique mieux préservés à moyen terme. Analysez les conséquences de chaque scénario sur au moins trois catégories de services écosystémiques, puis proposez un argumentaire d'aide à la décision pour le commanditaire, une collectivité gestionnaire du bassin versant. »
Afficher des pistes d'analyse (à consulter après rédaction)
Pensez à croiser au moins : un service d'approvisionnement (calendrier et volume de récolte), un service de régulation (carbone, régime hydrique/érosion sur les secteurs en pente), et un service culturel ou de régulation biologique (paysage, continuité d'habitats). Un bon argumentaire d'aide à la décision ne choisit pas un scénario dans l'absolu : il hiérarchise les enjeux du commanditaire (ici, une collectivité gestionnaire de bassin versant, donc probablement sensible à la régulation hydrique en tête de bassin) avant de conclure — c'est la logique de la double arborescence enjeu → objectif que vous mobilisez en B7.
Auto-évaluation

Quiz — 4 questions

Les questions et les propositions de réponses sont mélangées à chaque chargement de la page. Une seule réponse est correcte par question.

Références bibliographiques
  • Millennium Ecosystem Assessment, 2005. Ecosystems and Human Well-being: Synthesis. Island Press, Washington DC.
  • TEEB, 2010. The Economics of Ecosystems and Biodiversity: Mainstreaming the Economics of Nature. Sous la direction de Pushpam Kumar.
  • Haines-Young R., Potschin M., 2018. Common International Classification of Ecosystem Services (CICES) V5.1 — Guidance on the Application of the Revised Structure.
  • Díaz S. et al., 2018. « Assessing nature's contributions to people. » Science, 359(6373), p. 270-272.
  • Gómez-Baggethun E., Ruiz-Pérez M., 2011. « Economic valuation and the commodification of ecosystem services. » Progress in Physical Geography, 35(5), p. 613-628.
  • IGN, 2020. Indicateurs de gestion durable des forêts françaises métropolitaines — Indicateur 1.4 : Carbone.
  • PEFC France, 2025. Schéma de certification forestière — Gestion forestière durable, guide de mise en œuvre, PEFC/FR GD 3003-1.
  • ONF. Fiches techniques — Services écosystémiques rendus par les écosystèmes forestiers.