Le marais et l'estuaire de la Vionne
Quatrième arrêt du parcours : le marais et l'estuaire de la Vionne, à la jonction entre le fleuve et la mer. C'est historiquement le milieu où la notion de service écosystémique a été la plus mobilisée dans les politiques publiques françaises.
- Calculer un ordre de grandeur simple de la capacité de rétention de crue d'une zone humide.
- Comprendre pourquoi l'efficacité de ce service dépend de l'échelle du bassin versant considéré.
- Mobiliser le code CICES de maintien des populations de nurserie.
- Relier ce chapitre au cadre réglementaire des SDAGE et à la séquence ERC (chapitre 3.1).
Marais et estuaire de la Vionne
- Surface
- ≈ 320 ha
- Statut
- Site Natura 2000 pressenti
- Position hydrographique
- Aval du bassin versant, jonction fleuve-mer
- Cadre réglementaire
- SDAGE du bassin, orientation « préservation des zones humides »
- Pressions identifiées
- Urbanisation de Vionne-sur-Mer en amont immédiat, drainage agricole historique
Le compartiment le plus documenté par la réglementation
Rétention de crue — un ordre de grandeur calculable (code 2.2.1.3)
Une méthode simple, utilisée dans les fiches techniques de l'OFB, permet d'estimer le volume de stockage potentiel d'une zone humide à partir de sa surface et du battement de nappe observé.
À l'échelle nationale, les études compilées par l'OFB montrent que les débits de pointe de crue sont réduits de plus de 60 % à l'aval des bassins versants où les zones humides représentent entre 5 et 15 % de la surface totale. Le marais de la Vionne (320 ha) ne représente qu'environ 1,8 % des 18 000 ha du bassin versant — nettement en dessous de cette fourchette. Cela ne signifie pas que le service est négligeable, mais qu'il ne peut à lui seul expliquer la régulation hydrique de l'ensemble du bassin : c'est la combinaison avec la régulation assurée en amont par la forêt de Vionne-Haute (chapitre 4.1) qui donne sa pleine mesure au système — un point que le chapitre 4.6 développera comme synthèse finale du module.
Épuration de l'eau (code 2.1.1.2)
Le marais filtre les matières en suspension et une partie des nutriments transportés par les eaux venues de l'amont, notamment du Pays de Vionne (chapitre 4.2). Cette fonction d'épuration est directement liée à l'état hydraulique du site : un marais drainé ou fragmenté perd rapidement cette capacité.
Stocker, mais aussi pouvoir déstocker
Selon les travaux compilés par les agences de l'eau, une zone humide fonctionnelle séquestre entre 2,6 et 4,6 tCO₂/ha/an. Appliqué aux 320 ha du marais de la Vionne, cela représente environ 830 à 1 470 tCO₂/an séquestrées — à condition que le fonctionnement hydraulique du site reste satisfaisant.
Des usages traditionnels toujours actifs
Le marais accueille une activité de pêche professionnelle et amateur, ainsi qu'une exploitation limitée de roseaux (code CICES 1.1.1.2, fibres et matériaux de plantes cultivées ou sauvages), utilisés localement pour la couverture de toiture — un usage patrimonial en déclin mais toujours présent sur le pourtour du site.
Un habitat qui fait vivre l'aval
Le marais joue un rôle de nurserie halieutique, code CICES 2.2.2.3 (maintien des populations et habitats de nurserie) — une classe qui inclut explicitement la protection du pool génétique. De nombreuses espèces de poissons et d'oiseaux d'eau dépendent de ce type de milieu pour leur reproduction : les prairies inondables et vasières du marais constituent des zones de frai privilégiées, dont dépend indirectement la pêche pratiquée plus loin dans la baie de Vionne (chapitre 4.5).
Sur le plan patrimonial, le statut de site Natura 2000 pressenti reconnaît une valeur écologique de premier plan, qui rejoint la valeur d'existence (code 3.2.2.1, leçon 1.2) documentée pour ce type de site dans la littérature — nombre d'habitants de Vionne-sur-Mer n'ont jamais visité le marais mais soutiennent sa préservation.
Le SDAGE, colonne vertébrale de la protection
Le Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) du bassin auquel appartiendrait la Vionne fixerait des orientations spécifiques de préservation des zones humides, avec une priorité donnée à l'évitement et à la réduction des impacts avant toute compensation — exactement la logique de la séquence ERC étudiée au chapitre 3.1. Toute atteinte au marais dans le cadre d'un projet d'aménagement devrait donc, en toute rigueur, documenter les fonctions hydrauliques et écologiques précises du site avant d'envisager la moindre compensation, la restauration de zones humides étant notoirement plus complexe et incertaine que celle d'autres milieux.
Un projet de golf en bordure du marais
Un projet de golf est envisagé sur 40 ha de prairies humides périphériques au marais de la Vionne, en bordure de Vionne-sur-Mer.
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Quiz — 4 questions
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- Office français de la biodiversité (OFB). Fiches techniques — Les fonctions des zones humides : contrôle des crues.
- Agences de l'eau. Guide technique interagences — Les zones humides et la ressource en eau.
- Agence de l'eau Seine-Normandie. Les zones humides — fonctions de nurserie, d'abri et de protection.
- Haines-Young R., Potschin M., 2018. CICES V5.1 — Guidance on the Application of the Revised Structure. Fabis Consulting Ltd.
- Code de l'environnement, articles L.163-1 à L.163-5 (séquence ERC).