Horizon B — Quantification des services écosystémiques

Service de régulation : la pollinisation et la dépendance des cultures

Toutes les cultures ne dépendent pas des insectes pollinisateurs de la même façon — et l'abeille domestique n'est pas la seule à assurer ce service. Les pollinisateurs sauvages, souvent invisibles dans le débat public, rendent une part majeure et complémentaire de ce travail.

🐝 Abeilles sauvages vs domestiques 💶 153 Md€/an — valeur mondiale ⏱️ ~30 min
Bourdon (Bombus terrestris) butinant une fleur de colza
Un bourdon terrestre (Bombus terrestris) butinant une fleur de colza — quelques visites suffisent à déposer la centaine de grains de pollen nécessaires à la fécondation de la fleur. Photo : Andrew Martin, PLOS Biology, licence CC BY.
Savoir

Une pollinisation assurée par des acteurs complémentaires

La pollinisation entomophile — le transport du pollen d'une fleur à l'autre par un insecte — conditionne la formation des graines et des fruits chez de nombreuses cultures. Ce service est rendu par des acteurs aux profils très différents :

L'indice de dépendance des cultures

Toutes les cultures ne dépendent pas des pollinisateurs au même degré. On distingue les cultures autogames ou anémophiles (autopollinisation ou pollinisation par le vent — blé, orge, maïs), peu ou pas dépendantes des insectes, des cultures allogames à pollinisation entomophile, dont le taux de dépendance varie fortement :

CultureDépendance indicative
Blé, orge (anémophiles)
≈ 0 %
Colza
≈ 30 %
Tournesol
Élevée
Luzerne porte-graine
Critique
Arboriculture fruitière (pommier, cerisier...)
Critique
Vigilance épistémologique

Le débat public sur la « protection des abeilles » se focalise souvent sur l'abeille domestique et l'apiculture, alors que la majorité de la pollinisation entomophile en milieu agricole est assurée par des pollinisateurs sauvages, aux exigences écologiques distinctes (nidification au sol ou dans le bois mort, floraisons échelonnées). Installer des ruches ne compense pas la disparition des habitats nécessaires aux pollinisateurs sauvages — et une densité excessive de ruches domestiques peut même entrer en compétition avec eux pour les ressources florales disponibles.

Étude de cas

La valeur économique mondiale de la pollinisation sauvage

Un service évalué à l'échelle planétaire

La valeur du service de pollinisation rendu par les insectes sauvages est estimée à environ 153 milliards d'euros par an à l'échelle mondiale — la valeur de la production agricole qui serait perdue en leur absence. Cette évaluation, bien qu'agrégée à l'échelle planétaire, aide à comprendre pourquoi les infrastructures agroécologiques déjà étudiées dans ce module (haies, bandes enherbées, mares) ont une valeur qui dépasse leur seul rôle hydraulique ou anti-érosif : elles hébergent aussi les pollinisateurs sauvages dont dépendent, localement, les cultures allogames de la rotation.

Sur une exploitation en polyculture-élevage comme le GAEC des Trois Sources, une parcelle de luzerne porte-graine ou de colza en rotation bénéficierait directement de la présence du réseau de haies déjà planté (leçon 2.2.1) et des bandes enherbées fleuries en bordure (leçon 2.2.2), qui offrent aux apidés sauvages des sites de nidification et des ressources florales complémentaires à la culture elle-même.

Savoir-être

Élargir le regard au-delà de l'abeille domestique

Savoir-faire

Diagnostiquer la dépendance pollinisatrice d'une rotation

Erreurs fréquentes

Pièges à éviter

Assimiler « protection des pollinisateurs » à « installation de ruches d'abeilles domestiques », en ignorant les besoins spécifiques des pollinisateurs sauvages.

Recommander des mesures de protection des pollinisateurs sur des cultures anémophiles (blé, orge) qui n'en dépendent pas.

Négliger le risque de compétition entre ruches domestiques trop nombreuses et pollinisateurs sauvages pour l'accès aux ressources florales disponibles.

Évaluation

Quiz de synthèse

Auto-positionnement

Pour chaque compétence, positionnez-vous honnêtement — cela ne sera pas noté, mais orientera vos révisions.

Annexe A3.2.2

Apidés sauvages vs abeille domestique — fiche comparative

CritèreApidés sauvagesAbeille domestique
Activité par temps froid/pluvieuxOui (bourdons notamment)Limitée
Pollinisation vibratileOui (bourdons)Non
Mode de vieSolitaire ou petites coloniesGrandes colonies gérées
Rayon d'actionQuelques centaines de mètresPlusieurs kilomètres
Sources bibliographiques

Pour aller plus loin

← Leçon précédente
3.2.1 — Le contrôle biologique par les auxiliaires